De la reconquête de la Casamance aux couloirs feutrés de la diplomatie à New Delhi, le Général de brigade Souleymane Kandé reste l'une des figures les plus scrutées de l'armée sénégalaise. Portrait d'un soldat d'exception dont le destin a basculé sous la nouvelle alternance politique.
Si le Sénégal célèbre aujourd'hui une accalmie durable en Casamance, il le doit en grande partie à la doctrine Kandé. Nommé à la tête de la zone militaire n°5 (Ziguinchor) en 2019, cet officier parachutiste ne s'est pas contenté de gérer le statu quo.
En janvier 2021, Souleymane Kandé rompt avec des décennies de prudence militaire en lançant une opération de sécurisation des massifs forestiers, là où les hommes de Salif Sadio, de César Atoute Badiate et de Vieux Hendrix Diédhiou se livraient à divers trafics et actes crapuleux. Sous ses ordres, les sanctuaires du MFDC (Sikoune, Badiong, Bamoune-Bilass), réputés imprenables depuis quarante ans, tombent en quelques semaines.
De façon méthodique, il réussit à détruire des champs de chanvre indien et des bases rebelles. À la suite de cet exploit, les populations civiles déplacées se réinstallèrent, transformant le succès militaire en une victoire sociale.
Une ascension fulgurante stoppée net
Son brio sur le terrain lui vaut une promotion record. En octobre 2022, il devient Chef d'état-major de l'armée de Terre (CEMAT), tout en conservant le commandement des Opérations spéciales. À 51 ans, il est alors le visage de la lutte contre les menaces asymétriques et le terrorisme aux frontières.
Cependant, l'alternance politique de 2024 marque un tournant brutal. En mai de la même année, un décret du président Bassirou Diomaye Faye le démet de ses fonctions. Son remplacement par le Général Magatte Ndiaye et son affectation comme attaché de défense et de sécurité à New Delhi provoquent une onde de choc au Sénégal.
L'exil diplomatique : sanction ou mission ?
La nomination du pourfendeur des rebelles de la Casamance comme attaché militaire à l'ambassade du Sénégal en Inde suscite un débat national. Pour beaucoup d'observateurs, l'envoi d'un général de son envergure à un poste traditionnellement occupé par des colonels ressemble à une « sanction déguisée » ou à une volonté d'écarter un officier jugé trop proche de l'ancien régime. Un quotidien national relevait d'ailleurs que, selon l'entourage du général, cette affectation était perçue comme une humiliation qui « sonnerait à la limite comme une sanction », laquelle, dans son cas, « ne se justifierait en rien ».
Selon plusieurs sources, le Général Kandé avait envisagé de contester ce décret devant la Cour suprême, un acte rarissime au sein de la « Grande Muette ». Finalement, après neuf mois, il a officiellement rejoint son poste en Inde le 1er mars 2025, confirmant son sens du devoir malgré l'amertume apparente.
Un héritage indélébile
Malgré cet éloignement géographique, l'empreinte de Souleymane Kandé demeure vive. En juin 2024, le président français Emmanuel Macron l'a élevé au grade d'officier de la Légion d'honneur, une distinction qui souligne son rayonnement international.
Qu'il soit stratège des forêts ou diplomate en Asie, Souleymane Kandé incarne une rigueur qui force le respect. Pour les populations de Casamance, il reste « l'homme qui a rendu la terre aux paysans », une étiquette qui pèsera toujours plus lourd que n'importe quelle affectation administrative.

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« Les Forces de Défense et de Sécurité sont le bouclier de notre stabilité » : le message fort de Bassirou Diomaye Faye
