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Ah ! Si on savait ! (Par Mody Niang)


Ah ! Si on savait ! (Par Mody Niang)

Il nous a trompés, il nous a roulés dans la farine et n'est pas gêné le moins du monde de nous montrer, chaque jour qui passe, qu'elle est sa vraie nature. Dans ce pays qui est au bord du précipice physique comme moral, la langue de bois ne doit plus être de mise. L'homme que nous avons élu le 25 mars 2012 est pire que tout. Après six ans et demi de gouvernance, il a pris goût au pouvoir et s'y accroche de toutes ses forces Il ne reculera devant aucune vilenie pour se faire réélire par tous les moyens, y compris par les plus illégaux. Cette réélection est pour lui et pour son clan une question de vie ou de mort. Sa nauséabonde gouvernance a tellement accumulé de scandales qu'il craint comme la peste d'être battu. Car, il sait que, dans ce cas, ce sera la pire des catastrophes pour lui et les siens. Son vieux prédécesseur a sur lui l'avantage de l'âge: le Sénégal se mettrait toute la communauté internationale sur le dos, s'il embastillait un vieillard de 90 ans. Lui, le président politicien est relativement jeune.

En cas de défaite, il sait ce qui l'attend, lui, sa famille, ses amis responsables APR, et nombre de membres de sa très soumise coalition. Il mettra donc tout en œuvre pour éviter cette lugubre perspective. Il a commencé d'ailleurs à mettre en place les stratégies les plus tordues pour être réélu dès le premier tour. Il compte déjà sur trois chevaux boiteux pour réaliser ces vilaines stratégies : le parrainage, la pauvreté et l'analphabétisme pour près de 50% de nos populations. Avec le parrainage, il va faire invalider – si on le laisse faire évidement – toutes les candidatures qui sont susceptibles de constituer des rivaux sérieux capables de lui compliquer la tâche. Pour cela, il peut compter sur un Conseil constitutionnel dont la majorité de nos concitoyennes et de nos concitoyens considèrent que ses membres lui sont soumis. Et tout indique qu'ils ont raison, si considère certains antécédents. Le président-politicien compte sur d'autres magistrats impliqués, par leurs fonctions, dans le processus électoral.

Outre ce mur pratiquement infranchissable pour les candidats qui peuvent le gêner, il enfourchera le second cheval : la pauvreté de nos populations, du moins de nombre d'entre elles. C'est devenu un secret de polichinelle qu'il est assis sur un énorme trésor de guerre alimenté, pour l'essentiel, par nos pauvres deniers. Il est pratiquement sûr que c'est avec l'argent qu'il va se faire plus facilement réélire. Comme son vieux prédécesseur et sosie, il croit que nous avons tous un prix. C'est quand même ce vieux prédécesseur qui l'a allaité pendant huit mois avant de le sevrer. Le successeur et ''fils'' a bien retenu la leçon et emprunté la même voie. Depuis plusieurs mois, il fait montre d'une ''générosité'' déferlante et débordante. Au vu et au su de tout le monde, il reçoit des délégations au palais de la République et distribue des millions de francs à tout va. Ses ministres et autres directeurs généraux et directeurs lui prêtent main forte tous les vendredis, quand ils "descendent sur le terrain", conformément à ses instructions. Son épouse n'est pas en reste : elle étonne, elle aussi, par sa "générosité" sans borne.

Le président-politicien exploite aussi sans état la pauvreté de nos populations par ses bourses dites familiales qui sont une véritable escroquerie politique. Le montant de cette bourse est de 25000 francs CFA que reçoivent, tous les trois mois, des chefs de familles triés sur le volet. En d'autres termes, en un an, nos "privilégiés", à la tête d'une famille qui peut compter jusqu'à 20 à 30 membres, perçoivent 100000 francs CFA. Cent mille francs tous les ans, distribués à la tête du client ! Et on les menace de perdre ce "privilège" s'ils ne votent pas le moment venu pour le "généreux" président-politicien car, s'il n'était pas réélu, les nouveaux gouvernants supprimeraient la bourse familiale dès les premiers mois de leur gouvernance. Il faut insister surtout sur l'escroquerie politique que constitue cette fameuse bourse de sécurité familiale. Rappelons que le montant est de 25000 francs par trimestre, 25000 francs de nos impôts, de notre sueur ! Pendant ce temps, le ministre du président-politicien reçoit pour seule indemnité représentative de logement, un million de francs CFA par mois, sans compter son salaire dont le montant est de trois millions de francs. Je ne m'attarde pas sur les véhicules rutilants, le carburant qui coule à flots, et les autres nombreux avantages invisibles.

Je ne passerai pas sur les trois ministres d'État qui tournent les pouces auprès du président-politicien. Outre leur indemnité de logement d'un million, ils perçoivent un salaire mensuel de quatre millions de francs et nous coûtent ainsi annuellement 240.000.000 de francs (eux trois). Presque pour rien. Pour rien d'ailleurs, sinon pour mobiliser les militants.

Combien de ministres sont-ils nommés par le président-politicien ? Combien de ministres conseillers ? Combien de conseillers spéciaux ? Combien de chargés de mission ? Combien d'ambassadeurs dits itinérants qui ne sortent pratiquement jamais du pays ? Lui-même, qui nomme, ne le sait pas. Combien sont-elles, les agences nationales dont les directeurs généraux parfois venus de nulle part, perçoivent des salaires mensuels de cinq à six millions, sans compter des budgets substantiels qui ne sont sûrement gérés de façon vertueuse ? Dans ces conditions-là, est-il seulement décent de nous tympaniser avec cette maigre bourse dite familiale ? C'est de la pure escroquerie politique.

Notre président-politicien exploite aussi à fond l'analphabétisme de nos populations, en les manipulant et en frappant leur imagination à longueur d'années, en particulier lors de ses interminables inaugurations d'infrastructures. De ces infrastructures coûteuses et pratiquement sans impacts positifs significatifs sur la majorité des populations. Si on commençait par l'autoroute ‘Ila Touba'', qui va nous coûter 416 milliards de francs CFA ! Elle relie Thiès et Touba, distantes de seulement 112 km, à travers un terrain sablonneux et avec comme seuls obstacles quelques rares arbres. Quand elle sera terminée, elle sera sûrement exploitée à leurs seuls profits par les Marocains, les Turcs, les Français, les Chinois, etc.

Si les populations de la ville de Touba avaient à donner leur avis, elles n'auraient sûrement pas choisi cette autoroute-là. Différentes télévisions nous ont présenté Touba, lors des pluies diluviennes de ces cinq ou six derniers jours. Pratiquement, toutes les maisons, les commerces, les stations d'essence, etc., étaient envahis par les eaux de pluie mélangées aux eaux usées nauséabondes. Beaucoup de gens sont sortis de leurs maisons ? Pourtant, combien de milliards le politicien sénior et le politicien Jr ont-ils déclaré avoir investis dans l'assainissement de la ville ? Où sont-ils passés, ces milliards-là ? L'assainissement est un véritable problème pour Touba, une véritable priorité. Une autoroute, même de dernière génération – la trouvaille de nos politiciens – n'était sûrement pas la préoccupation des populations. A la place, elles préfèreraient de loin l'assainissement de leur ville. Elles opteraient probablement pour l'eau potable qui leur fait terriblement défaut. Une ville comme Touba avec, dit-on, deux à trois millions d'habitants sans eau potable alors que, à quelques encablures, à Touba Bogo exactement, git une abondante nappe phréatique d'eau douce. Elles choisiraient aussi sans hésitation la réhabilitation, l'équipement des infrastructures sanitaires, et leur dotation en médicaments et en personnels qualifiés et en nombre suffisant. L'hôpital de Matlaboul Fawzéni serait alors prioritaire.

Comme ‘'Ila Touba'', le président-politicien a opté pour un autre investissement de prestige, un investissement lourd. Il s'agit de ce fameux Train Express régional (TER) régional qui va nous coûter les yeux de la tête : plus 1000 milliards francs CFA pour relier l'Aéroport international de Diamniadio à Dakar, sur 54 km. Un TER dit de dernière génération alors que, pour tout patrimoine en matière de chemin de fer, nous n'avons que le branlant ‘'petit train bleu''. Ces deux infrastructures, ‘'Ila Touba'' et le TER, sans doute fortement surfacturées, ne nous coûteront pas moins de 1500 milliards de francs CFA, qui auraient pu être orientés plus utilement ailleurs.

Le président-politicien a malheureusement d'autres préoccupations, à ses yeux de loin prioritaires : terminer les deux infrastructures et d'autres, pour les inaugurer en janvier 2019. Le président-politicien va mobiliser alors toute la République. Il saisira l'opportunité pour manipuler comme il sait le faire en pareilles circonstances. Il va, en particulier, frapper fortement l'imagination des populations les moins averties avec son TER et l'Autoroute ‘'Ila Touba'' flambant neuf. On imagine parfaitement l'ampleur que prendront ces deux cérémonies et l'impact qu'elles pourront avoir sur des populations analphabètes et même sur d'autres, qui ne s'attarderont pas sur les coûts exorbitants, les probables fortes surfacturations de ces deux infrastructures. Celles-ci ne nous coûteront pas, nous l'avons déjà indiqué, moins de 1500 milliards de francs CFA, qui auraient pu servir bien plus utilement à relier Dakar et Ziguinchor par voie de train et/ou réhabiliter les chemins de fer Dakar-Thiès, Thiès-Saint-Louis, Thiès-Kaolack, Kaolack-Guinguinéo, Louga-Linguère, etc. Une gare pourrait être construite alors à Diamniadio d'où partirait un embranchement de 34 kilomètres, qui rejoindrait l'Aéroport international Blaise Diagne. On se passerait ainsi de ce coûteux TER, au profit de la renaissance d'activités économiques tout au long des voies nouvelles ou réhabilitées. Tout au long de ces voies ferroviaires aujourd'hui mortes, les gares grouillaient de monde au moment du passage des trains, qui étaient l'occasion de déploiements d'activités économiques importantes. Nous aurions préféré ce choix lucide à quelque infrastructure de dernière génération que ce soit. Selon un proverbe wolof bien de chez nous, "ku sa ab sèr jottul, doo boot ay gamb". Traduit en français, ce proverbe donne : "Quand on ne dispose pas du minimum, on ne doit pas avoir l'outrecuidance de prétendre au maximum."

Nous devons donc rester vigilants devant les infrastructures du président politicien. Une gouvernance ne se réduit pas à construire des infrastructures. Une gouvernance, c'est aussi des valeurs, des principes. Et c'est lui-même qui faisait pareille déclaration lors de la campagne électorale de févier-mars 2012. Elu, il la jette par-dessus bord avec tous les autres engagements qu'il avait pris et toutes les promesses qu'il avait faites. Tout le monde se les rappelle et point n'est d'y insister. Le candidat devenu malheureusement Président de la république est tout autre : nos valeurs cardinales ne retiennent plus son attention. Il n'y croit même plus finalement. C'est du moins l'impression qu'il donne. En particulier, la parole donnée n'a plus pour lui aucune espèce d'importance. En tout cas, sa parole à lui ne vaut plus un copeck. Une expression est de plus en plus employée d'ailleurs chez nous : "Waxi Macky Sall, du ma ci dòor sa ma doom." En d'autres termes, dans les maisons, dans les bureaux, lors des manifestations, partout dans le pays, personne n'accorde plus aucune espèce d'importance à sa parole. Pas seulement d'ailleurs ! C'est sa propre personne qui est contestée maintenant. Il ne bénéficie plus du respect du à un Président de la République car, il ne se comporte plus comme tel, s'il s'est jamais comporté comme tel d'ailleurs. Il est tout le contraire de la sobriété, de la transparence, de la vertu. Il a désacralisé la fonction présidentielle comme d'autres fonctions importantes. Il a transformé le palais de la République en siège de son parti et de sa coalition. Des gens venus de nulle part y entrent et en sortent à longueur de journée. Parfois, il devient carrément une arène lutte où des gens se battent rageusement pour se partager l'argent qu'il leur a donné à l'issue de leur audience.

Il est devenu comme un roi, un buur qui fait ce que bon lui semble. Il est particulièrement friand de louanges et est bien servi par la meute de griots et de minables courtisans qui l'accompagnent dans toutes les cérémonies, principalement lors des très folkloriques inaugurations d'infrastructures. Non content des tombereaux de louanges que ses griots déversent sur sa personne, il leur permet même de couvrir publiquement l'opposition d'injures. Demain, ils l'insulteront avec sa distinguée épouse et couvriront de louanges ses opposants qu'ils insultent aujourd'hui. C'est cela le Sénégal qu'il nous a construit pendant plus de six ans et demi.

Je ne terminerai pas, sans évoquer l'esquisse de quelques pas de danse, plus précisément sa danse lors de l'inauguration de l'Aréna, curieusement applaudi par les présidents d'institutions, les ministres, les députés et, pratiquement, par toute la République. Ses minables courtisans, prenant le devant des critiques qui n'allaient pas manquer, se sont mis rapidement à le défendre, avec l'argument peu convaincant que le Président Nelson Mandela dansait, que le Président Cyril Ramaphosa lui aussi danse. Les pauvres ne savent pas que nous sommes au Sénégal, pas en Afrique australe où la danse des chefs fait partie de la tradition. Au Sénégal, le chef, le buur, le kilifa ne dansent pas. Fii ci Senegaal, kilifa du fi fecc. Xel nangu wu ko fi. Jekkul, rafetul.

On m'a raconté qu'un Damel du Kayor dont je ne me souviens plus du nom, aurait été destitué pour avoir seulement esquissé publiquement quelques pas de danse. Notre président-politicien, grisé par le pouvoir et préoccupé au plus haut point par sa réélection, ne sait plus faire la distinction entre la décence et l'indécence, le licite et l'illicite, lu xel nangu ak lu xel nangu wul. Nguru rek a ko ñor.



Samedi 8 Septembre 2018 - 05:57





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