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Gambie, Radioscopie d’une transition politique mouvementée.


Gambie, Radioscopie d’une transition politique mouvementée.
Durant six longues semaines, l’avenir de la Gambie a été suspendu à la décision d’un seul homme : Yaya Jammeh.  Il faut préciser que ce dernier est arrivé au pouvoir à la faveur d’un coup d’Etat militaire en juillet 1994. Ce coup d’Etat a la particularité d’inaugurer le retour de la règle militaire après la courte période des transitions démocratiques des années 1990, considérées comme l’âge d’or de la démocratisation en Afrique. Cette période que Samuel Huntington appelle la troisième vague de  démocratisation   est marquée en Afrique par la tenue de conférences nationales souveraines dans quelques pays, ayant permis à la société civile de participer pleinement à l’effort de construction d’un modèle étatique débarrassé des pesanteurs autoritaristes.
Le président Yaya Jammeh a réussi, durant ses 22 ans de pouvoir,  à mettre en place un régime autoritaire et particulièrement répressif. En s’adossant sur l’armée dont il est issu, il dirige la Gambie avec une violence quasi quotidienne. En muselant les oppositions, la presse et la société civile, son pouvoir devient personnel. Les arrestations se multiplient. La plus notable reste, sans doute, celle de juin 2009 où il fit emprisonner  pas moins de neuf journalistes suite à la publication d'un communiqué du Syndicat de la presse gambienne, l’appelant à reconnaître la responsabilité de son gouvernement dans l'assassinat de leur confrère Deyda Hydara en 2004. Après des manifestations organisées par l’opposition en 2016, il a procédé à des arrestations, et l’un des leaders de l’UDP (United Democratic Party), Solo Sandeng a été tué en prison dans des conditions qui, à ce jour, restent douteuses.  
Par ailleurs il faut noter  que le régime de Jammeh est parvenu à isoler la Gambie de scène internationale. En quittant unilatéralement le Commonwealth et la CPI, le dictateur semble vouloir diriger son pays en faisant fi du respect des règles élémentaires de droits de l’homme et ceci en toute impunité. A cet isolement diplomatique il faut ajouter l’isolement géographique qui fait de la Gambie une enclave à l’intérieur du Sénégal. Cette position géographique, avec ses conséquences géostratégiques et géopolitiques a contribué à miner d’avantage la crise casamançaise et les relations diplomatiques avec les voisins sud du Sénégal.
 
 
 
L’ELECTION DE DECEMBRE 2016-LA CEDEAO ET LES MANŒUVRES DE JAMMEH.
En démocratie l’élection constitue le facteur de légitimation des gouvernants. En Afrique, les périodes électorales sont souvent des moments redoutés car portant les germes d’instabilités, de violences et de conflits. C’est la résultante de problèmes liés à l’organisation en amont et de transparence des scrutins, qui ne reflètent toujours pas le choix du peuple souverain. La Gambie n’a pas échappé à cet état de fait. Ainsi, Yaya Jammeh, après avoir reconnu sa défaite à l’élection présidentielle du 1er décembre 2016 et félicité son adversaire Adama Barrow, a contesté, moins d’une semaine plus tard, la validité des résultats et demandé l'annulation de l'élection, aux motifs d'irrégularités dans la comptabilisation des votes et l'organisation du scrutin. Durant six semaines, il a successivement mis en échec deux missions de la CEDEAO visant à organiser les conditions de son départ, saisi la Cour Suprême de son pays, décrété l’Etat d’urgence tandis que son mandat était officiellement terminé, laissant craindre l’imminence d’une riposte armée mandatée par l’UA et l’ONU.
On peut retenir sans risque de nous tromper que le Président Jammeh a su imposer son propre calendrier des négociations à la CEDEAO. Deux facteurs expliquent l’entêtement de Jammeh face aux pressions de la communauté internationale représentée par la CEDEAO. D’abord la position géographique de la Gambie qui une partie intégrante du territoire sénégalais, si l’on fait abstractions des considérations du droit international sur la tracée des frontières africaines après la décolonisation. Cette position sensible  fait qu’une guerre de la CEDEAO au régime Jammeh aurait eu des conséquences géostratégiques dramatiques pour le Sénégal. Le président Jammeh en avait bien conscience et était quasi certain que Dakar ne prendrait pas un tel risque et éviterait le maximum possible les bombardements de la CEDEAO sur la Gambie. La gestion de réfugiés gambiens dans la partie sud du Sénégal aurait profité à l’aile dure du MFDC, qui a toujours eu des relations proches et coupables avec Banjul. Cette menace que nous pouvons qualifier de menace silencieuse a contribué à pousser Jammeh à « narguer » les menaces de la coalition de la CEDEAO.
Ensuite l’ex Président gambien a toujours estimé qu’il bénéficiait de la loyauté des hauts gradés de son armée, et que cette dernière aurait fait face aux forces de la CEDEAO compliquant d’avantage la mission de cette dernière. Toute l’équation était de réussir une transition sans faire de victimes civiles, or la CEDEAO n’aurait jamais réussi cette prouesse si elle avait en face une résidence des forces «  loyales » au Président Jammeh.
QUE PEUT ATTENDRE LE SENEGAL DE LA DEFECTION DE JAMMEH.
La nouvelle situation politique en Gambie sera forcement marquée par une renégociation des relations entre la Gambie et le Sénégal. Deux aspects tiendront à cœur les autorités politiques sénégalaises. D’une part désenclavement de la partie septentrionale du Sénégal, par la construction du pont de Farafénié sur le fleuve Gambie. La transgambienne permet un gain de temps énorme pour les passagers ralliant la capitale Dakar et Ziguinchor et une partie de la région de Kolda et vis versa. La construction de ce point constitue une vieille doléance des populations du sud du pays. La question avait fini par être politisée et constituée une promesse de campagne électorale pour bon nombre de candidats.  Le pont transgambien en plus du gain de temps soulage les usagers qui, dans les conditions actuelles, pâtissent de longues heures d’attente au niveau des bacs tandis que nombre de ces bacs se révèlent de surcroît défectueux
D’autres parts, une intégration sectorielle sur certains projets-phares pourrait, dans un système gagnant-gagnant, favoriser un premier rapprochement entre les deux pays. Ce serait également l’opportunité de mettre un terme à la déforestation de la Casamance et du trafic de bois organisé par la Chine et évacué via la Gambie. La gestion de la crise casamançaise pourrait connaitre des avancées significatives avec l’implication des nouvelles autorités gambiennes. Toute la complexité du conflit casamançais réside dans l’équation de la détermination de ce qui relève des revendications du MFDC et ce qui est purement du banditisme transfrontalier. Certaines attaques relèvent de banditisme transfrontalier et sur cette question, l’ancien gouvernement gambien est toujours resté évasif et peu coopératif dans les efforts de résolution menés par le Sénégal.
La résolution du problème de la contrebande et du banditisme transfrontalier, de la circulation des armes légères et de petites calibres, risque d’être un dossier éminemment complexe à régler. Il va falloir à chacun des deux gouvernements beaucoup de patience et d’abnégation avant de ne lever les verrous qui ont empêché jusqu’ici de créer les conditions d’une communauté de destins.
Mamadou DEME
Docteur en Science politique.
Omardeme82@yahoo.fr


Jeudi 2 Février 2017 - 17:48





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