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Comprendre le syndrome malien et y apporter des solutions responsables


Comprendre le syndrome malien et y apporter des solutions responsables
Il a fallu que l’ancienne puissance coloniale prenne la tête d’une coalition ouest-africaine pour repousser la nébuleuse de séparatistes, d’extrémistes et de narcotrafiquants qui menaçait de détruire l’Etat malien et transformer ce territoire en un « lion famélique », selon l’image proposée dans l’étude prospective sur les futurs possibles de l’Afrique en 2025. Ainsi, cette intervention décisive, il faut le dire, menée au nom de la liberté et de la défense de l’indépendance et de la souveraineté du Mali est en soi l’expression de l’échec historique des élites politiques africaines, illustre les limites des institutions africaines et consacre en même temps l’affaissement de l’Etat post-colonial. Cette crise engage d'abord la responsabilité de l'élite dirigeante du Mali, et pose la nécessité du renouvellement des élites politiques dans un monde où la compétition pour l’accès aux ressources naturelles et aux marchés est plus féroce que jamais. Aussi, notre propos cherchera-t-il à mettre en relief quelques unes des causes de cette faillite des élites africaines, qu’on nommera pour les besoins de l’analyse, le « syndrome malien ». Ensuite, nous proposerons, comme solution inspirée du Responsabilisme, une nouvelle architecture politique et institutionnelle pour l'espace de la CEDEAO.        

I – LE SYNDROME MALIEN

1.1 La trappe clientéliste explique l’absence de réflexion stratégique

Les élites politiques africaines accordent peu d’intérêt à la réflexion stratégique. En lieu et place, les luttes intestines pour le contrôle du pouvoir d’Etat et des ressources publiques, ainsi que les arrangements, compromissions et reniements supposés inévitables dans cette voie, ont fini, dans la plupart des cas, par tenir lieu de principe d’action à l’élite rentière. On assiste à une course éhontée aux postes et aux rentes pour s’enrichir et entretenir une clientèle politique de plus en plus pauvre. Le clientélisme politique n’épargne pas non plus les confréries, au mépris des enseignements éthiques des maîtres fondateurs de ces voies soufies. En effet, la classe politique a besoin des ressources publiques pour entretenir sa clientèle. Seule la corruption peut lui permettre d’obtenir ces ressources. Celle-ci prive nos pays des investissements nécessaires à la croissance, à la satisfaction des besoins essentiels des populations en favorisant une consommation excessive de l’élite et une sortie des capitaux, ce qui accentue la pauvreté. Les pauvres s’accrochent aux clientèles politiques dans un réflexe de survie pour espérer obtenir des transferts ponctuels. Il faut alors plus de ressources pour entretenir les clientèles et donc plus de corruption. Ainsi se crée un cercle vicieux qui sape les bases institutionnelles de nos pays.

Piégés dans des logiques clientélistes, les partis politiques abdiquent leur rôle d’intellectuels organiques, pour emprunter l’expression d’Antonio Gramsci, et le terrain politique cesse d’être le lieu d’expression et de confrontation d’authentiques projets de société, de courants d’idées conséquents et de visions du monde cohérentes. Les hommes politiques cessent de dire les grands récits qui donnent sens à la vie publique de la cité, autrement dit les idéologies politiques. Ce rôle est alors concédé à d’autres leaders sociaux, notamment les religieux, dont la vocation sociale, à eux assignée par le peuple, ne le leur permet pas. Le discours politique cesse d’être producteur de sens, surtout à l’endroit de la jeunesse. Ainsi, les enjeux géopolitiques qui, dans le contexte actuel de changement de siècle et d’époque, devraient occuper la centralité des analyses et des offres programmatiques des partis politiques et des gouvernements, sont très faiblement pris en charge par la classe politique de nos pays. Le temps politique, indolent, se confond alors avec le temps électoral.

Cette posture a son antithèse (ou antidote) politique : le Responsabilisme, doctrine du Mouvement Tekki, qui repose sur l’engagement primordial de l’homme sur la Terre et appelle à une mise en pratique permanente de la responsabilité des Africains vis-à-vis de l’Afrique . Plus généralement, c’est la responsabilité de toute la société politique dans son ensemble qui est convoquée face à ce que l’écrivain nigérian Chika Onyeani appelle la faillite intellectuelle de nos élites.

1.2 Des institutions culturellement inadaptées

Le syndrome malien, c’est également l’échec de cinquante années d’une voie de développement politique, économique et institutionnel sans issue. Le niveau de dénuement de nos populations, surtout de sa frange jeune ainsi que l’inadéquation de nos institutions par rapport à nos réalités historiques, sociologiques et culturelles, constituent un terreau propice à l’émergence de forces de désagrégation, de formes souveraines de régulation politique et sociale qui apparaissent hors de l’Etat, ce que Achille Mbembe appelle « sortie de l’Etat » dans son étude des frontières mouvantes du continent. Les différences ethniques, raciales, religieuses, culturelles, au lieu d’apparaître comme diversités enrichissantes pour une communauté plurielle, sont érigées en facteurs de haine ou, à tout le moins, en frontières symboliques à l’intérieur de ladite communauté. A supposer d’ailleurs qu’il y ait des antagonismes de fait autour de ces différences, un Etat viable devrait pouvoir les absorber dans le jeu institutionnel et politique à travers des confrontations pacifiques. Ce qui, hélas, n’a pas été le cas hier au Soudan, aux Comores et en Somalie, ce qui n’est pas encore le cas aujourd’hui en Guinée Bissau et au Mali, et qui sait ce qu’il adviendra demain de la RDC, du Nigéria, de la Côte d’Ivoire et de beaucoup d’autres territoires du continent ?

Assurément, de nouvelles institutions endogènes sont nécessaires pour prendre en charge ces menaces. Il s’agira de sortir du formalisme institutionnel désuet et désincarné en vigueur, héritage colonial maintenu par pur conservatisme ou mimétisme paresseux. Les réalités spécifiques à l’Afrique, à son histoire et à ses cultures devraient donner de la matière à une œuvre urgente de destruction créatrice, en maintenant et en enrichissant les valeurs universelles de la République et de la Démocratie. Par exemple, la laïcité au sens de la culture et de l’histoire françaises, prétendue forme immuable et imprescriptible de la plupart de nos Etats, est plus un dogme institutionnel qu’une réalité vivante dans nos sociétés. A l’instar de l’Amérique, du Royaume-Uni, ou même de l’Allemagne et d’autres aires géographiques, les pays africains ont le droit d’assumer leurs croyances, diverses et plurielles, comme fondement spirituel de leur culture institutionnelle. Cela contribuerait à rendre leurs institutions légitimes et populaires, donc démocratiques. Dans cette perspective, l’avènement de l’émergence citoyenne aiderait à réformer nos mœurs politiques car c’est la condition préalable à tout projet de transformation sociale durable. Comme dans les arts et les sports, le génie africain, libéré de ses carcans, saura contribuer au renouvellement d’une démocratie mondiale en crise.

1.3 Revisiter  la laïcité à la « française »

La place et la portée sociale et politique de l’Islam sont souvent au centre de la controverse. Les extrémismes de tous bords alimentent les surenchères, qu’il s’agisse des islamophobes qui, en Occident, s’acharnent contre l’Islam par des moyens multiformes, et de ceux qui, dans le monde musulman, adoptent la violence pour imposer leur vision intégriste de la religion. Concernant d’ailleurs ces derniers, ils doivent bien se rendre compte qu’ils défient tout simplement le message coranique qui définit explicitement les musulmans comme une communauté éloignée des extrêmes. Le monde musulman devrait revisiter ses racines théologiques à travers le modèle vivant incarné par le Prophète (Psl), mais également son âge d’or intellectuel qui l’a vu, durant toute la période du 9ème au 13ème siècle, irradier la terre de la lumière de ses sciences, de ses arts et de ses lettres. Il importe que les musulmans prêtent plus attention à l’invite de Souleymane Bachir Diagne de réapprendre à « philosopher en Islam », en référence à cette époque et à ces lieux où la foi et la raison, réconciliées, ont su ensemble triompher des ténèbres.

1.4. S’approprier la géostratégie

La géostratégie contemporaine a comme trame de fond la course pour le contrôle des sources d’approvisionnement en matières premières, dans le contexte de l’apparition d’un nouveau régime de croissance mondiale centré autour du Pacifique et impliquant des Etats-Continents à forte démographie. Relativement à ces enjeux, les Africains doivent produire des analyses et leurs gouvernements formuler des offres de partenariat stratégique avec les divers blocs en présence, uniquement sur la base des intérêts supérieurs de notre continent. Actuellement, environ 25% des approvisionnements énergétiques des États-Unis (cette part pourrait doubler d'ici 2020) et un tiers de ceux de la Chine proviennent de l’Afrique. Les intérêts chinois et occidentaux sont perçus comme concurrents, en ce qui concerne l’accès aux ressources africaines. Des initiatives comme Africom s’inscrivent dans un dispositif américain de sauvegarde et de dissuasion à l’égard de la Chine. De la même manière, l’intervention de la France dans le conflit libyen ayant abouti à la chute de Khadafi, a aussi été dictée par ses intérêts géopolitiques liés aux réserves pétrolières de ce pays. La zone sahélo-saharienne concernée par le conflit actuel est réputée notamment pour ses immenses réserves en gaz et uranium. De façon plus spécifique, l’une des explications de l’intervention urgente de la France au Mali consiste, à titre préventif, à sécuriser les mines d’uranium du Niger voisin qui assurent une production d’énergie nucléaire permettant la couverture de près du tiers des besoins énergétiques de la France.

Ce sont ces intérêts géostratégiques qui permettent de comprendre les relations entre les groupes salafistes armés et les pays occidentaux ; elles apparaissent marquées du sceau de l’ambivalence et de l’instrumentalisation. Ces groupes étaient non seulement fréquentables, mais soutenus et armés en Afghanistan lors de l’invasion soviétique. Ils ont bénéficié d’une collaboration active en Lybie pour venir à bout du régime de Khadafi. Ils sont appuyés aujourd’hui en Syrie en vue d’abattre le régime d’Assad. Ces groupes salafistes sont idéologiquement rattachés à l’Arabie Saoudite et politiquement liés à l’Etat du Qatar alors qu’il est communément admis que ces deux pays sont, dans le monde arabe, parmi les alliés les plus sûrs de l’Occident. Dans le même temps, les mêmes groupes sont férocement combattus en Afghanistan, en Somalie, au Yémen, au Pakistan ou au Mali. Durant la guerre civile algérienne des années ‘90, Alger avait toujours regretté la manière dont la diplomatie américaine en particulier, ménageait les GIA. En Iran, les Moudjahidines du Peuple, organisation typiquement terroriste s’il en est, sont traités avec bienveillance par les Etats-Unis, au moment où le Hamas, parti démocratiquement élu à Gaza par les populations palestiniennes, figure en bonne place sur la liste noire des organisations terroristes établie par le Département d’Etat. Tout cela pour dire que le discours produit sur « le terrorisme » ou, dans un amalgame de vocabulaire savamment entretenu « l’islamisme », s’apparente à bien des égards à celui du maccarthysme. Il a une vocation instrumentale. Le puissant dispositif médiatique qui s'occupe de la « fabrique de l'opinion » pour parler comme l'intellectuel américain Noam Chomsky, impose pour sa part les codes, les normes et les icônes constitutifs d'un prisme qui structure une vision du monde uniformisée à l'échelle du globe.  

Au vu de tout ce qui précède, nous formulons des propositions de solutions inspirées du Responsabilisme. Elles visent à donner un coup d’accélérateur à l’intégration africaine pour éviter la généralisation rapide du « syndrome malien » dans la Sous Région.

II – POUR UNE NOUVELLE GOUVERNANCE REGIONALE RESPONSABLE

Etant donné les difficultés rencontrées depuis Nkrumah pour mettre en place un gouvernement continental africain, et la nécessité de plus en plus incontournable du regroupement des énergies pour faire face aux forces de désagrégation de la mondialisation dans un contexte historique où comme le rappelle le Mouvement Tekki, l’Afrique est l’enjeu du monde, de nouveaux Etats fédéraux ou confédéraux devraient voir le jour au niveau de chacune des Régions de l’Afrique. Dans la zone ouest-africaine en particulier, le moment est venu de transformer la CEDEAO en un Exécutif régional capable de suppléer les Etats nationaux post-coloniaux qui ont échoué dans la réalisation du projet indépendantiste de défense de leur souveraineté extérieure. Les contradictions à caractère identitaire, apparemment insolubles à l'intérieur des frontières nationales, seraient également largement diluées dans ce nouvel ensemble supranational. Dès lors, il convient, le plus rapidement possible, de lui confier au moins quatre domaines de souveraineté, selon le principe de subsidiarité, de distribution optimale des compétences entre les niveaux national et régional. Il s’agit de :

-    La Défense : le spectacle humiliant d’une Afrique de l’Ouest incapable de défendre ses frontières avec des armées dites nationales, ne laisse pas d’autre choix que la mise en place d’une défense communautaire. Le schéma d’armées nationales dédiées à la défense de la sécurité extérieure de l’Etat, a montré ses limites dans tous les pays ouest-africains avec l’offensive des forces terroristes au Nord du Mali ;

-    La Diplomatie : une diplomatie commune, économique et de défense, capable de représenter la Région et de négocier des partenariats avec toutes les grandes puissances du monde, sur la base d’un agenda régional convenu par l’ensemble des Etats, est également une priorité ;

-    Le Gouvernement économique : il s’agit d’instituer une compétence régionale sur les projets structurants d’infrastructures communes de transport, de communication, de fourniture d’énergie et d’eau, d’aménagements hydro-agricoles et de l’environnement, en vue de constituer sur l’espace régional, une base productive qui permettra de faire éclore notre potentiel industriel et agricole. Au demeurant, celui-ci doit s’appuyer sur une convergence rapide des systèmes éducatifs et de recherche scientifique;

-    La Monnaie : les trois champs de compétences précités définissent les contours d’une zone monétaire unique. A cet effet,  il importe de passer à la monnaie régionale en évitant de transformer en fétiches les critères techniques de convergence multilatérale. L’ensemble des quatre domaines constituent le socle d’un système régional de finance avec une monnaie commune, une Banque centrale unique et des banques nationales et régionales, publiques et privées dont on a déjà des expériences réussies, tout ceci  permettant enfin de prendre en charge de manière décisive la question du financement des économies, de la croissance et du développement durable.     
     
Des initiatives régionales citoyennes et populaires sont requises pour un tel projet. En effet,  la question de l’intégration régionale ne doit plus être seulement l’affaire des administrations comme la CEDEAO ou l’UEMOA, pour redevenir un sujet de débat citoyen, un projet politique majeur soumis à discussion aux populations, comme ce fut le cas à la veille des indépendances. Les jeunes leaders politiques émergents dans nos différents pays ont là, l’opportunité de reprendre le flambeau de la lutte pour le projet fédéral, avorté au moment des indépendances. Les forces vives de la société civile africaine devront prendre en charge le projet. Les formations politiques en particulier devraient transcender les frontières nationales et se regrouper en plateformes panafricaines selon leurs sensibilités idéologiques. Elles seraient alors des sections nationales de partis régionaux selon l’expérience des regroupements d’antan que constituaient le RDA, le PRA, le PAI, etc.

Consécutivement à cette étape, un Parlement ouest-africain, dont les membres seraient élus au suffrage universel, s’attacherait à légiférer dans les domaines visés plus haut. Dans les pays où la Constitution nationale n’a pas prévu pareille évolution, le débat citoyen ci-dessus cité serait l’occasion de soumettre la question au choix des populations. In fine, il s’agira de préparer une Constitution ouest-africaine qui fixera la forme, la nature institutionnelle et les pouvoirs qui seront dévolus au nouvel Etat supranational.

Si notre génération réussit ce projet de nouvelle gouvernance régionale, elle aura créé les conditions de la paix et du développement durable en Afrique de l’Ouest et, plus généralement, dans l’ensemble du continent.   



Dr Elhadji  Sarr

Président de  Synergie Tekki, le Mouvement des cadres de Tek

Dr Elhadji Sarr

Mercredi 20 Février 2013 - 09:02





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