Seydou Gueye: «La rue ne rend pas les décisions de justice, les juges...»


SETAL.NET-Aucun débordement ne sera toléré, après le délibéré du verdict du procès de Karim Wade, prévu ce matin. C’est l’assurance que donne Seydou Guèye qui, dans l’entretien qu’il nous a accordé, se veut ferme :

«Nous sommes dans une République solide, force restera à la loi». Le porte-parole de l’Alliance pour la République (Apr) minimise la candidature du fils de Me Wade à la Présidentielle et fait, chiffres à l’appui, un bilan des 3 ans de Macky Sall à la tête du Sénégal. 

La situation politique du pays est très tendue avec  des arrestations tous azimuts de responsables libéraux et de partisans de Karim Wade. Que vous inspire un tel état de fait ?

C’est une fausse tension que le Pds et ses alliés voudraient installer dans le pays en cherchant à faire croire que nous ne serions plus dans un Etat de droit, qu’en lieu et place d’une démocratie majeure et exemplaire que le monde entier salue, le Sénégal serait, comme par enchantement, devenu un régime policier. Les responsables libéraux sont tombés bien bas et voudraient, dans leur chute, entraîner le pays tout entier, en y installant le chaos. C’est totalement illusoire, car personne n’est naïf au point de croire une telle ineptie et de verser dans la violence. Nos concitoyens ont bien compris les enjeux de ce procès liés à la bonne gouvernance, comme ils ont clairement décodé et disqualifié sans équivoque, la stratégie de discrédit de la justice, de vocifération, de harcèlement du pouvoir et de menace sur la paix sociale, développée par les partisans de M. Karim Wade. Cela dit, il convient, selon moi, de rappeler aux Sénégalais que nous sommes dans une République solide, un Etat de droit consacré, et de ce point de vue,  aucune menace de trouble à l’ordre public ne sera tolérée. Le droit sera dit par les juges qui rendent la justice au nom du peuple sénégalais, et force restera à la loi, pour utiliser une formule consacrée.

Vous ne dites rien sur les arrestations tous azimuts des responsables libéraux et des partisans de Karim Wade. Ces arrestations ne sont-elles pas exagérées ?

 Leurs arrestations se fondent sur des faits avérés pour ce que nous en savons par la presse, et découlent de leurs attitudes ou de leur tendance quasi naturelle à dépasser les limites de la correction républicaine, du moralement tolérable, du légalement convenu. Pour moi, les responsables libéraux, en vue de gagner leurs galons d’opposants et de construire leur crédibilité, rivalisent dans la virulence, la surenchère verbale, la violence et la défiance continue, pour jouer à celui qui est le plus «jambar», ou à celui qui est le plus loyal envers Me Wade. Cela est pratiquement inscrit dans l’Adn du Pds, c’est comme si les membres du Pds avaient une affinité naturelle avec la prison du fait de leur pratique d’opposant. En tout cas, cette attitude est inacceptable, car elle n’est en rien utile au projet démocratique. Les Sénégalais ont d’autres préoccupations que de perdre leur temps à avoir peur pour leurs biens et leurs familles, pour des déclarations qui relèvent plus de l’aveu d’impuissance et de la pétition de principe. L’Etat doit nous garantir sécurité et quiétude, il le fera sans état d’âme.

Le Pds et ses alliés regroupés dans le Front patriotique pour la défense de la République parlent de panique au sommet de l'Etat, soulignant que Macky Sall a une peur bleue de Karim Wade dans la perspective de la Présidentielle de 2017...

Qu’ils se détrompent, les autorités de la République sont sereines et essentiellement préoccupées par les missions à accomplir au bénéfice des Sénégalais. La panique et la peur sont dans le camp de ceux qui se font remarquer par les dérives verbales, la provocation et les outrances. Mais, si cela les amuse de penser que le pouvoir panique ou aurait peur, libre à eux de le faire, et si cela peut constituer une thérapie pour eux, tant mieux. Ce qui reste constant, c’est que la sécurité et la paix sociale sont des questions à prendre au sérieux pour garantir la stabilité du pays envers et contre tout.

Maintenant, concernant M. Karim Wade, je voudrais dire à mes amis du Pds et à leurs alliés que le Président Macky Sall ne pense pas à M. Karim Wade tous les matins en se rasant, pour parler comme l’autre. Qu’ils se rassurent, une candidature de M. Karim Wade est le cadet des soucis du Président Macky Sall, comme M. Karim Wade restera pour toujours son cadet dans la vie.

Beaucoup de péripéties ont marqué le procès de Karim Wade. La question de la légalité ou non de la Crei s'est posée. Quelle lecture avez-vous de cette affaire ?

C’est vrai que l’activation de la Crei a suscité beaucoup de commentaires et discussions de portée doctrinaire et politique. Même si le débat n’est pas tranché sur ces aspects, aucune thèse sérieuse ne peut soutenir l’illégalité de la Crei, me semble-t-il, malgré les différentes tentatives que nous avons notées tout au long de cette affaire. Pour moi, l’enjeu central porte sur la bonne gouvernance qu’il convient d’ériger en vertu intangible et sur notre rapport aux deniers publics qu’il convient de clarifier afin d’assainir nos mœurs politiques. Dans cette affaire, il s’est agi pour la justice, de partir d’éléments constitutifs des infractions tels que définis par le Code pénal pour établir et réprimer des délits d’enrichissement illicite, de corruption et de complicité, donc, des délits de droit commun, et non d’un procès politique intenté à un adversaire.

Mais, au regard du déroulement

de cette affaire, de la bataille

politique entre l’Apr et le Pds et

des échanges de propos, n’auraient-ils pas quelque part raison de le penser ?

Non, ils n’ont pas raison. Et de mon point de vue,  ils ont été mal inspirés de construire leur ligne de défense autour du procès politique et la vocifération sur la place publique au détriment de la bataille juridique. On peut, cependant, convenir que le procès est spécial pour plusieurs raisons. D’abord, l’un des mis en examen est le fils de l’ancien président de la République, ancien ministre d’Etat omnipotent et peut-être militant du Pds sur le tard. Ensuite, la Cour compétente en matière d’enrichissement illicite est une juridiction spéciale. Il s’agit enfin, des délits de type nouveau pour notre pays, car portant sur la délinquance financière astucieuse et sur des infractions de dissimulation à travers des stratagèmes très sophistiqués. Voilà, en toute objectivité, le cadre de ce procès que les libéraux qualifient abusivement de politique.

Le procès a été émaillé d’incidents, suscité beaucoup de commentaires. Aujourd’hui les Sénégalais attendent le verdict. Vous en dites quoi ?

Juste quelques constats ou observations pour éviter de me prononcer sur une affaire pendante devant la justice. Rappelez-vous, dès la mise en demeure de M. Karim Wade, les libéraux ont plaidé la thèse politique en exprimant leur préférence pour la Haute Cour de justice. Ensuite, en acceptant de déférer devant la Crei, ils ont cherché à discréditer la justice. Tout au long du procès, M. Karim Wade et ses avocats ont eu des attitudes peu propices à la manifestation de la vérité. M. Karim Wade a d’abord refusé de répondre tant que M. Bourgi ne serait pas autorisé à se rendre en France pour des soins médicaux. Au retour de M. Bourgi, c’est le refus de comparaitre à la suite d’un incident et le boycott des avocats de la défense, au prétexte du non-respect des droits de la défense. Je vous passe les passes d’armes entre la Cour et la défense et les incidents d’audience. Mais, cette attitude n’est pas surprenante, car dans ce genre d’affaires, c’est souvent la stratégie utilisée par les prévenus que l’examen des faits et chiffres pourraient gêner, et qui se réfugient derrière la dénégation, la multiplication des incidents d’audience, le discrédit et la récusation des juges pour empêcher la manifestation de la vérité. En tout cas, cette mise en scène pour apparaître comme une victime d’injustice est cousue de fil blanc. La rue ne rend pas les décisions de justice dans notre pays et les juges habilités à le faire au nom du peuple sénégalais donneront leur décision sans état d’âme. Maintenant dans notre pays, les recours contre les décisions de justice restent possibles y compris pour celles prononcées par la Crei. Attendons donc le verdict en toute sérénité, c’est çà le comportement républicain.

Le 25 mars prochain sera commémoré le 3e anniversaire de l'accession de Macky Sall à la magistrature suprême. Qu'avez-vous retenu de ces 3 ans ?

Le redressement économique du Sénégal et le démarrage effectif des projets du Plan Sénégal émergent. Depuis son arrivée à la tête de l’Etat, le Président Macky Sall travaille à la relance de la croissance et à l’amélioration des conditions d’existence de Sénégalais. Le Pse, référentiel des politiques publiques, vise la transformation structurelle de notre économie, la construction d’une croissance durable et inclusive et une gouvernance sobre et vertueuse.

Ce sont là les orientations principales qui marquent les réponses que le Président Macky Sall est en train d’apporter aux problématiques prégnantes de notre société, à savoir la prise en charge efficace de la demande sociale, la promotion d’une solidarité objective et non partisane, la mise en place des bases de la performance économique, en vue de l’émergence et la consolidation démocratique. 

Pourtant, certains disent que toute votre politique se limite à la traque des biens mal acquis depuis trois ans...

C’est un mauvais procès que l’on nous fait, car au titre du chantier social du Président, il est aisé de consigner à l’actif de son bilan, outre la construction des logements sociaux, comme la cité de 2000 logements «Tawfekh Yakaar», les solutions structurantes apportées aux  inondations récurrentes dans la banlieue dakaroise, les villes des Bambey, Kaolack, la ville sainte de Touba.  Ces premières actions procèdent de la mise en œuvre du programme décennal de lutte contre les inondations pour un montant de 700 milliards adopté au cours d’un Conseil présidentiel sur le sujet. Dans ce cadre, les populations de Médina Gounass, Pikine Guinaw Rail, Yoff, Grand-Yoff, Dalifort Touba, Bambey, Kaolack, apprécient très certainement. Au titre du soutien à la consommation des ménages et du soutien à leur pouvoir d’achat, on peut citer la subvention de 80 milliards de francs par an pour la stabilisation du prix de l’électricité, les baisses réalisées sur les prix des denrées de grande consommation, en l’occurrence, le riz, le sucre, l’huile et les produits pétroliers, les bourses de sécurité familiale d’un montant de 100 000 francs Cfa, dont bénéficient 200 000 femmes, la mise en place de la Couverture maladie universelle avec un dotation budgétaire de 20 milliards, la gratuité de la dialyse et de la césarienne, la baisse des prix du loyer, la baisse de la fiscalité sur les salaires, la revalorisation des pensions de retraite. Ce sont là, quelques exemples de réponses qui renforcent le pouvoir d’achat et la protection de nos concitoyens, dans un pays où huit personnes sur dix n’ont pas encore accès à une couverture maladie, et où la grande masse ne dispose que de revenus précaires.

On reproche également au Président, l’absence de vision et l’absence de réalisations après trois ans...

C’est insoutenable comme critique, car la vision du Président est aujourd’hui entrée dans le temps de l’action à travers le Pse qui est un cadre cohérent pour construire l’émergence du Sénégal à l’horizon 2035. Outre l’Acte III de la décentralisation et la territorialisation des politiques publiques, la nouvelle perspective de l’aménagement du territoire, à travers la création de nouveaux pôles urbains et de villes nouvelles comme le Lac rose, Bambilor, les projets du Plan Sénégal émergent sont créateurs de valeur ajoutée et recèle un fort potentiel de création d’emplois. Ce sont des projets de grande envergure dans le domaine des infrastructures comme le programme autoroutier Thiès- Touba (110 Km), Diamniadio-Aibd, les infrastructures de désenclavement et de développement comme l’acquisition de deux navires pour la desserte de la région Sud, le train express régional qui devra relier Dakar à l’Aéroport international Blaise Diagne en 34 minutes, le programme annuel de 1000 Kilomètres de pistes de production sur 4 ans, les ponts et les programmes d’entretien routier réalisés et en cours d’exécution. Pour l’habitat social, le pôle urbain de Diamniadio devra accueillir 40 000 logements, 5 aménageurs-développeurs y interviennent déjà, en plus de la Cité de l’émergence sur l’ancien site de la gare routière, dont la première pierre a été posée, la Cité de l’avenir à la Patte d’Oie et la déclinaison régionale de la politique d’habitat social qui va impacter tout le pays. Le secteur de l’enseignement supérieur n’est pas en reste, avec la construction de la deuxième université de Dakar, l’Université du Sine Saloum Kaolack pour un montant global de 130 millards de francs sur les ressources propres de l’Etat, ce qui est inédit depuis notre indépendance. Le secteur de l’agriculture est requalifié priorité numéro un pour tirer la croissance, avec les aménagements hydro agricoles, destinés au programme d’autosuffisance en riz, qui a bénéficié de 16 milliards en 2014 et qui s’est vu doter de 20 milliards dans le budget 2015. Je ne vous parle du secteur de l’énergie avec la construction des centrales, ni du secteur de la santé avec le renforcement effectif des plateaux techniques à Ziguinchor, l’Hôpital Aristide Le Dantec, etc.

Cela fait beaucoup d’argent pour un pays dont le budget peine à franchir la barre des 3000 milliards de francs Cfa...

Vous avez raison de poser la question du financement du plan et de la soutenabilité budgétaire des programmes et projets du Pse. Après les engagements consignés par nos partenaires lors du Groupe consultatif de Paris, le financement du Pse a été structuré dans le cadre d’un Programme d’actions prioritaires (Pap) et décliné dans le Ptip. Cela a été rendu possible grâce au redressement de notre économie, entamé depuis 2012, et qui nous a valu en 2014, un taux de croissance de 4,5 % contre 1,7 % en 2011 et à la baisse du déficit budgétaire visée par la politique de rationalisation des dépenses et de réforme de l’administration en vue d’une plus grande efficacité de celle-ci. C’est vrai qu’après tout, il reste la question de la mobilisation des financements. Il importe de retenir que  les montants au financement de la première phase quinquennale du Pse sont déjà mobilisés au-delà des attentes.

Parlons maintenant de la majorité présidentielle un peu secouée en ce moment. Quelle stratégie doit adopter, selon vous, «Benno Bokk yaakaar» en vue de la prochaine échéance électorale ?

C’est vrai que dans la séquence actuelle, la coalition est traversée par les problématiques d’organisation et de croissance, comme pour toute organisation de même nature, c’est-à-dire, l’optimisation des mécanismes de coordination, la rationalisation du fonctionnement et le développement par la massification. Il convient, aujourd’hui, de la doter des organes nécessaires à l’élaboration concertée de positions politiques et à sa mission de soutien à l’action gouvernementale. Il ne faut cependant pas éluder la question préoccupante, pour certains, de la candidature à l’élection présidentielle de 2017 et du tumulte que cela entraîne chez certains alliés du président de la République, candidat à sa propre succession.  Je reste convaincu que la question se posera en temps utile et abordée en toute sérénité, avec une éthique de responsabilité, de conviction et de cohérence.

Le chef de l'Etat a annoncé des réformes institutionnelles. Mais, certains, dont vos alliés de la Ld, s'attendent à ce que la Constitution proposée par la Cnri soit votée dans ses orientations essentielles. Etes-vous en phase avec eux ?

Absolument pas. Car telle n’est pas ma compréhension de la commande adressée à la Commission de réforme des institutions qui, par ailleurs, aura incontestablement fait œuvre utile. L’indication donnée par le président de la République, depuis le début, c’est son option pour une révision consolidante de la Constitution, à l’occasion du référendum annoncé pour 2016, et non l’adoption d’une nouvelle Constitution.

Que dites-vous de l'affaire des

3 membres de «Y en a marre»

qui avaient été arrêtés en Rdc avant d'être libérés ?

Solidarité et encouragements au mouvement. Le combat politique est âpre et éprouvant, seule la conviction permet de ne pas rompre. Chaque génération a sa mission,  elle la sert ou elle la trahit. Ils ont fait le choix d’apporter leur contribution à l’avènement d’une citoyenneté active à travers le continent et de promouvoir un nouvel internationalisme. Voilà une grande cause de la gauche politique qui se confond avec l’histoire du camp du progrès social et démocratique. Le mouvement «Y en a marre» a émergé comme un nouvel acteur de notre espace public, fort d’une légitimité et qui revendique un nouveau rôle. Je suis heureux de constater qu’ils assument cette responsabilité avec une posture positive, car de moins en moins protestataire, et de plus en plus propositionnelle, comme en atteste cette série de capsules diffusées à la télévision et destinées à la promotion du nouveau type de Sénégalais. Cela apporte de la fraîcheur dans l’espace de construction du sens collectif et enrichit la pluralité dans la démocratie sénégalaise.

Quel commentaire faites-vous de la décision du Pds de désigner M. Karim Wade comme son candidat à la Présidentielle de 2017 ?

Toute la mise en scène devait conduire à cette décision. Cependant, le Pds est un parti libre dans ses choix et décisions. C’est le bouquet final d’une stratégie dont l’objet était de crédibiliser désespérément le procès politique. C’est également le point de départ d’une nouvelle campagne, j’en suis persuadé, qui aura pour objet de semer la confusion autour d’un candidat annoncé, peut-être en prison pour des délits de droit commun, mais non pour des raisons politiques, et de jeter le discrédit sur notre démocratie. Personne ne mordra à l’hameçon. Les Sénégalais pourraient légitimement s’interroger sur le sérieux de notre classe politique.  Au regard de la trajectoire historique du Pds, les Sénégalais devraient rire d’une passation de pouvoir dynastique entre le Président Abdoulaye Wade et son fils Karim Wade au niveau du Pds, comme ils avaient redouté et rejeté une dévolution de même nature au sommet de l’Etat un 23 juin 2011.

Barka Isma BA



Lundi 23 Mars 2015 07:24

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