Monde rural : Halte à la confusion !


Nous tenons, ici, à user de notre droit de réponse en tant qu’ancien Conseiller Technique du Ministre de l’Agriculture, ayant assisté aux premiers balbutiements du programme  des domaines agricoles communautaires.

En effet, nous estimons nécessaire d’apporter quelques petites précisions à Monsieur l’Ingénieur Ibrahima Sène, qui, au vu de sa très grande et longue expérience d’agronome rigoureux et, par conséquent, de sa connaissance avérée des problématiques récurrentes du développement rural sénégalais, aurait pu (aurait du ?!) rester rigoureux dans son argumentaire, comme le lui impose sa profession. Il ferait ainsi profiter aux sénégalais de son expertise connue et reconnue dans sa corporation.
 
Mais certaines sirènes, celles  de la « politique-confusion », auraient-elles fini de prendre définitivement le dessus sur le nostalgique des Koulaks au point de lui faire oublier que, sur des questions relevant de son champ d’expertise ou qui s’y rapprochent, ce qui est attendu de quelqu’un de son rang, c’est sa Contribution éclairée et non un discours polémique qui ne nous enseigne pas grand-chose, pas plus qu’il ne renseigne grand monde, bien au contraire, sur les éléments de réponses rigoureuses qu’il convient de verser dans la corbeille des propositions, sans petits calculs ou calculs petits ; car, c’est cela qui serait au « détriment des populations rurales » et des populations, tout court. 
 
Le monde rural sénégalais fait face, nous le savons tous, à des défis présents et futurs qui exigent des réponses précises et concrètes. C’est à cela que s’attèle, sans relâche, le chef de l’Etat par des propositions de projets et programmes articulés autour d’une série de mesures dont il n’a jamais eu la prétention de posséder la science infuse, loin s’en faut. En revanche, ce qui n’est pas discutable, c’est la volonté manifeste et l’engagement sans faille du Président de la République à faire faire au pays un saut qualitatif dans bien des domaines dont, notamment, le développement rural. Pour y arriver, nous savons aussi que ce n’est pas en restant dans des schémas d’inspiration antique que nous permettrons au monde rural sénégalais de sortir de la précarité économique et sociale récurrente.
 
Nous avons bien noté que M. Sène se soucie beaucoup du sort de nos populations rurales, quoi de plus normal, en tant que responsable politique qui cherche à stabiliser sa place au sommet! Nous tenons, à ce propos, à le rassurer qu’il partage cette préoccupation avec le chef de l’Etat. Pour rester dans les mêmes logiques, intelligibles par tous, nous l’invitons à faire profiter au monde rural et au Sénégal de son expertise sur les questions qu’il évoque et les propositions de solutions qu’il s’est, toutefois gardé de faire jusque-là , ne serait-ce qu’en les invoquant.
 
Dès lors, nous ne pouvons nous priver, par honnêteté, d’apporter quelques éléments de précision :
 
De la problématique des terres agricoles  
Une réflexion a été menée en septembre 2012 sous la houlette du ministre en charge de l’agriculture  de l’époque, Monsieur Benoît Sambou, autour d’ateliers de partage intense ayant vu la participation de la plupart des acteurs du monde rural dont, justement, les représentants des collectivités locales. Si M. Sène (encore absent à ces grands rendez-vous ?) est intéressé par les conclusions de ces travaux, il pourra se rapprocher du ministère de l’agriculture et de l’équipement rural qui se fera le plaisir de lui communiquer ledit rapport (versé à la commission de la réforme foncière), afin qu’il y apporte sa touche de connaisseur. A cet effet, il lui sera loisible de contacter : Waly Diouf, conseiller technique ou M. Ndiobo Diène Secrétaire Général du MAER.
 
Ce rapport souligne bien le double souci des autorités actuelles d’abord, de  protéger les agriculteurs quant aux risques de spoliation de leurs terres, mais ensuite de rassurer les investisseurs privés nationaux ou étrangers qui accepteraient d’investir dans le secteur agricole. M. Sène le sait mieux que quiconque, l’agriculture moderne nécessite des investissements pour faire passer les acteurs de ce secteur de leur statut actuel de paysan à un statut d’acteurs économiques et de véritables entrepreneurs agricoles, ceci, dans la logique du Programme  « yonou yokuté »
N’est-ce pas là une piste constructive au lieu de jouer à se faire peur ?
 
Des projets initiés par le chef de l’Etat à l’endroit du monde rural  
Persister dans la stigmatisation de la notion d’ouvriers agricoles c’est insister sur des considérations dépassées; ce concept est d’une époque dont M. Sène semble avoir du mal à se déconnecter. La jeunesse contemporaine ne sait pas ce que cela signifie concrètement. Ce qui l’intéresse c’est de pouvoir gagner sa vie en menant des activités rentables et pérennes, donc offrant des revenus conséquents. Pour cela, le devoir de l’Etat est de permettre aux sénégalais qui souhaitent s’investir et/ou investir dans l’agriculture (prise dans ses acceptions les plus larges) de disposer d’un cadre propice pour réaliser leurs ambitions et, pour certains, leur passion. C’est parfaitement possible, au regard des nombreux modèles que l’histoire récente nous enseigne et les réalités contemporaines que nous montrent des exemples non loin de chez nous (Kenya, Namibie, Afrique du Sud, Ghana, etc.) sans que nous ayons besoin d’aller jusqu’en Israël, Thaïlande, Indonésie, etc. Le doyen Ibrahima Sène sait bien de quoi nous parlons…
 
Nous restons persuadés que s’il faisait un tout petit effort pour s’imprégner, un tant soi peu, des projets qu’il semble, avec si peu d’élégance dans le propos, condamner, a priori, il comprendrait qu’il s’agit de véritables innovations inspirées par  le pragmatisme d’hommes et de femmes soucieux, comme lui, de résultats profitables aux populations et au pays. C’est le cas, entre autres, du Programme des Domaines Agricoles Communautaires (PRODAC) pour lequel, il apparaît, manifestement, que notre cher doyen Séne n’a, tout simplement pas compris le concept. Là encore et surtout là, nous sommes disposés, s’il le souhaite bien entendu, à lui faire parvenir le Concept Paper afin qu’il nous y apporte sa précieuse contribution que nous appelons de tous nos vœux, au profit, encore une fois, du monde rural et du pays. Sous ce rapport-là, il suffira de contacter le directeur de cabinet  du Ministre de la Jeunesse, de l’Emploi et de la promotion des Valeurs civiques ou le Directeur Général de l’Agence Nationale d’Insertion et de Développement Agricole (ANIDA). Cette dernière, pour son information, n’est pas une « réplique fidèle » du Plan REVA, comme il le fait noter dans un article d’un autre quotidien de la place, mais la nouvelle appellation de l’Agence REVA, tout simplement. Cette agence, a été, il est vrai, initié par le régime libéral, mais ce n’est pas pour autant qu’il faut nier l’excellent travail qu’elle a réalisé sur le terrain (contrairement à une certaine idée reçue), par des techniciens chevronnés dont la compétence et l’engagement ont fini de convaincre plus d’un. Ici, également, nous invitons M. Sène à aller visiter  quelques unes desdites réalisations; tout n’a sans doute pas été parfait, mais en homme du sérail averti, nous sommes certains qu’il se fera, à ce sujet, une toute autre opinion.
 
Quant au Projet de développement inclusif et durable de l’agrobusiness du Sénégal (Pdidas) qu’il semble, aussi, vouer  aux gémonies, il ne peut tout simplement pas, ignorer qu’il s’agit  là d’un des plus beaux projets du portefeuille du Ministère de l’Agriculture et de l’Equipement Rural qui participe de la création, en milieu rural, des conditions qui feront que les population trouvent un INTERET à y rester.
 
En tout état de cause, nous réitérons à Monsieur l’Ingénieur Sène, notre invitation à faire profiter au monde rural et au pays de sa longue et riche expérience d’agronome. A ce titre, les portes du comité technique chargé de la finalisation du projet de Programme des Domaines Agricoles Communautaires (logé au Ministère de la Jeunesse, de l’Emploi et de la Promotion des Valeurs Civiques) lui sont grandement ouvertes.
 
Par ailleurs, M. Sene est vivement invité à verser ses éléments de réflexion, par écrit, à la commission nationale chargée de la réforme foncière vu que, manifestement, il semble avoir des certitudes à propos  des leviers sur lesquels il faut juste appuyer pour que les machines, d’une part de la réforme foncière et d’autre part, de l’emploi se mettent à tourner. Il rendrait ainsi au monde rural et au Sénégal tout entier, un service autrement plus utile.
 
 
Lamine Ndiaye
Conseiller Technique
 du Ministre de la Jeunesse, de
L’Emploi et de la Promotion des Valeurs Civiques.
 

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Vendredi 11 Octobre 2013 10:00

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