Macky Sall / Idrissa Seck : les frères ennemis de la politique!

« Les ennemis sont le sel de la politique », comme l'a dit l'écrivain français Patrick DUGOIS. Il est vrai que dans toutes sociétés démocratique des frères ennemis apparaissent au fil des évènements politiques: en France, il y a le duel Coppé/Fillon, et au Sénégal nous avons celui de Seck/Sall. En effet, tout indique que le mariage est consommé entre l’Alliance pour la République et le parti Rewmi. Et pour cause, la guerre sans merci que se livrent les deux formations politiques, par presse interposée, présage un climat politique mouvementé au sein de la coalition Benno Bokk Yakar. On voit de loin les signaux avant coureurs d’une rupture inéluctable entre Macky Sall et Idrissa Seck.


« Les ennemis sont le sel de la politique », comme l'a dit l'écrivain français Patrick DUGOIS. Il est vrai que dans toutes sociétés démocratique des frères ennemis apparaissent au fil des évènements politiques: en France, il y a le duel Coppé/Fillon, et au Sénégal nous avons celui de Seck/Sall. En effet, tout indique que le mariage est consommé entre l’Alliance pour la République et le parti Rewmi. Et pour cause, la guerre sans merci que se livrent les deux formations politiques, par presse interposée, présage un climat politique mouvementé au sein de la coalition Benno Bokk Yakar. On voit de loin les signaux avant coureurs d’une rupture inéluctable entre Macky Sall et Idrissa Seck.

Ce n'est pas un secret de polichinelle: les deux "frères",se vouent une rivalité et une haine viscérale. Afin de comprendre cette situation il faut se référer au passé récent des deux hommes aux trajectoires quasi identiques. Tous deux, on été Premier Ministre sous l’ère Wade, et ont été mis à la porte, à cause, selon eux, de l’application par le Président Abdoulaye Wade de la fameuse théorie de la « Dévolution Monarchique du Pouvoir ». Sur ce fait, Idrissa Seck a clamé à qui voulait l'entendre : « avoir été liquidé par son père adoptif au profit du fils biologique».

De prime abord, Idrissa Seck a toujours eu cette obsession , d’être, je cite « Le quatrième Président » dont témoigne son slogan de la campagne présidentielle 2012 : « Idi4Président ». A fortiori, d'avoir l'obsession d’être, tout simplement, le locataire du Palais de l’avenue Senghor, comme le démontre cette aveu de taille : « Tant qu’il me restera un souffle de vie ,je garderai toujours mon ambition à diriger les destinées du Sénégal ». De plus, il n’accepte toujours pas le fait que Macky Sall, son subordonné dans la nomenclature du PDS durant l’ère Wade, soit devenu Président avant lui, dans les conditions d’une campagne rocambolesque, comme chacun sait. Ceci peut probablement expliquer cette sortie : " « Macky Sall est trop petit pour me recadrer. Abdoulaye Wade ne pouvait pas me recadrer son fils Macky n’en parlons pas ». cela nous renseigne sur le caractère « bien trempé » d’Idrissa Seck et de l’amour qu’il porte à sa liberté lorsqu'on sait qu'il a fait 7% au premier tour de la présidentielle 2012 alors que Macky a atteint les 26%, comme aime à le rappeler les partisans de Macky Sall dont fait partie l' "ami" Samba Thiam sur les réseaux sociaux.

Toujours sur cette campagne présidentielle, Idrissa Seck et Macky Sall faisaient partie des candidats qui avaient signer "Le Pacte de l’hôtel le Ndiambour". En effet, à la veille de l’élection présidentielle de 2012, tous les leaders du M23 et candidat à la succession de Me Abdoulaye Wade, se sont réunis à l’Hôtel le Ndiambour pour signer un pacte, dans lequel ils s’engageaient ensemble à ne pas commencer leurs campagnes et ainsi mettre la pression sur le président Wade pour qu’il quitte le pouvoir. Moins de quarante huit heures,après le début de la campagne, le candidat de la coalition Macky 2012, rompt le pacte et bat campagne à l’intérieur du pays. Pendant ce temps, Idrissa Seck et quelques autres leaders du M23 affrontent tous les jours les forces de l’ordre entre la Place de l’Indépendance et la Place de l’Obélisque. Une attitude que les militants de Rewmi n’ont jamais pardonnée et ne pardonneront certainement jamais à Macky Sall. A l’arrivée, ce dernier gagne l’élection présidentielle au second tour, avec le soutien de son frère ennemi Idrissa Seck et des autres candidats malheureux du premier tour. Depuis les Rewmistes regardent Macky Sall comme celui qui a volé à leur leader son destin présidentiel. Aujourd’hui, malgré leur alliance dans le cadre de la coalition « Benno Bokk Yakaar », Idrissa Seck et Macky Sall se vouent une animosité cordiale, à la “sénégalaise”!

Autre fait marquant, lorsque Idrissa Seck déclare: « Je sors d'une longue période où j'ai subi le plus gigantesque complot d'Etat de l'histoire politique du Sénégal» cette phrase en dit long sur le rôle que Macky Sall a pu jouer dans le passé notamment lors des déboires judiciaires d’Idrissa Seck. Faut-il rappeler le discours que Macky SALL, alors, Premier Ministre, a tenu devant le corps diplomatique international au « Meridien Président » où il a signé "l’exécution politique" d'Idirissa Seck. Toujours en 2007, blanchi par la justice, Idrissa Seck, décide de se présenter comme candidat du parti politique qu’il a créé, Rewmi. Coup de théatre! Le Tout puissant Premier ministre, Macky Sall, revient encore à la charge. Le 04 octobre 2006, Macky Sall convoque la presse à la primature pour casser encore Idrissa Seck. «Je vous informe des instructions déjà données au ministre de l’Intérieur de ne pas accorder de récépissé au parti politique qui s’appellerait Rewmi(…) En effet, Rewmi, notre pays en langue Woloof, est un patrimoine collectif, un bien commun dont nul ne peut s’arroger l’exclusivité, quelle qu’en soit la finalité» déclara Macky Sall. Ironie du sort ou hasard, c’est sous le régime du même Macky Sall qu’Idrissa Seck a reçu le récépissé de son parti, Rewmi. On peut alors se poser la question sur la posture qu’adoptera Macky Sall face à Idrissa Seck...Va-t-il le museler ? Va t-t-il instrumentaliser la CREI pour abattre son véritable challenger de 2017 ?

Pour finir, rappelons que la posture de Rewmi dans la mouvance présidentielle est considérée comme « floue » au yeux des apéristes. D’un côté, les rewmistes, tout en clamant avoir soutenu Macky Sall sans aucune condition, veulent garder le statut de parti politique libre et indépendant De l’autre côté, les partisans du Président de la République, fustigent ses « faux alliés » qui, selon eux, ne mouillent pas assez le maillot et s’agacent de la non implication du parti Rewni dans la légitimation du travail de Macky Sall auprès du peuple sénégalais . Pour toutes ses raisons, ce parti s’inscrit aux antipodes des autres parties de la coalition et nous pouvons nous interroger sur la motivation du soutien d'Idrissa Seck à Macky Sall durant le second tour de la présidentielle: refus de la continuité de l'ère Wade ou soutien indéfectible et sincère à Macky Sall? Ce duel à distance entre les deux semble être un tournant décisif de l'histoire politique sénégalaise, ce qui nous permet d'imaginer des schémas ou cas de figure assez spectaculaire.

La question est de savoir si Idrissa ne va pas regrouper la « grande famille » libérale pour faire front à Macky Sall? On sait qu'il clame partout son appartenance à la « famille » libéral et aussi le fait d'être « l'actionnaire majoritaire » du PDS. Au vue des déboires du parti d'Abdoulaye Wade avec le nouveau régime, à travers la traque des biens mal acquis, l'avenir nous dira si la grande famille libéral se réunira autour de son fils biologique ou de son fils adoptif renié: Karim ou Idrissa?

Comme l’a dit Jules César, au bord d’une rivière, avant de lancer l’attaque face à ses ennemis politiques : « Alea Jacta Est » , que l'on peut tenter de traduire par « Les dés sont jetés ! ». Rewmistes et apéristes se sont lancés dans la bataille d'une présidentielle avant l’heure. Celle-ci risque de faire rage car ce duel à distance entre les deux hommes, tournée vers l’échéance 2017,s’annonce palpitante.

Qu'ALLAH bénisse le Sénégal et les Sénégalais... Amine!

Adama Kane

Jeudi 7 Février 2013 20:34

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