Les raisons du changement inédit et multidimensionnel des mœurs au sein de la société sénégalaise


Le Sénégal est un pays où règne une paix sociale inébranlable depuis des siècles. Il est l’un des rares pays africains où des luttes sociales ne sont pas parvenues à altérer le chaînon solide qui tient jusqu’ici la cohésion qui règne toujours sur cette terre bénie. Même si on nous apprend quelques moments d’agitations violentes et regrettables qui se sont déroulés dans le passé de la patrie, cela n’en est rien comparé à tous les autres pays du monde. Cette chance nous a été donnée par le seigneur, et nous lui en rendons grâce. Cette situation harmonieuse n’est pas un cas fortuit. Elle trouve ses racines dans un ensemble d’œuvres éminentes de la part de vaillants hommes qui se sont donné corps et âmes pour faire de notre pays une terre sur laquelle règnera toujours un état pacifique perpétuel. Un pays où le trait spécifique serait l’hospitalité, d’où la naissance de l’expression Pays de la « Téranga ».
Avant tout, nous ne saurions ne pas être reconnaissants des œuvres majestueuses d’hommes religieux, qui par des batailles pacifiques ont donné au Sénégal une image sacrée. Cela pourrait paraître étonnant de parler de sacralité pour caractériser un pays. Mais malgré les opinions diverses et les regards très différents portés sur notre « Gaal », nous avons hérité de ces braves hommes des enseignements riches et sains qui font que notre pays est devenu un « noyau multidimensionnel de savoirsreligieux ». Ces hommes, avec leurs éminents exploits, ont rendu notre terre sacrée et vénérée aux yeux du reste du monde. On ne saurait parler de paix au niveau mondial sans citer notre pays grâce à son exemplarité liée à la cohésion sociale qui s’y perpétue. Où se trouvent les pivots de cette paix infaillible. Chaque sénégalais devrait remercier individuellement et sincèrement Cheikh Ahmadou Bamba, Baye Niass, El’hadji Malick, Baye Laye et tant d’autres religieux qui ont participé à construire un Sénégal exempté de péripéties désastreuses. Faire une liste de leurs œuvres ne saurait connaitre une fin, tellement ils ont consacré toutes leurs vies à construire un héritage honorable et monumental. Un héritage éternel qui est censé se transmettre de génération en génération. Grâce à ceux-ci, nous jouissons d’une « superpuissance » qui nous protège même si certains tergiversent àl’accepter. 
A coté de ceux-ci, nous ne pourrions omettrecertains brillants politiciens qui ont participé etparfois même de manière indirecte à bâtir un pays de paix où l’imbrication du politique et du social n’a pas été un obstacle pour une cohésion socialedurable. Le premier président sénégalais, LéopoldSédar Senghor, a su par ses propres astuces inculquer aux sénégalais le sens de la « plaisanterie interethnique ». Ce système de taquinerie entre des ethnies différentes même s’il paraît anodin pour certain, est d’une grande prépondérance dans le maintien de la paix interne. Ainsi, un toucouleur peut dire tout ce qu’il veut à un sérère et vice-versa. Ce système de « plaisanterie interethnique » est d’une grande importance parce que si l’on prend l’exemple du génocide du Rwanda qui résulte d’une discrimination rwandaise entre Hutus et Tutsis, on peut en déduire qu’il aurait été un moyen de désamorcer la catastrophe depuis la base. D’autres politiciens tels que Maitre Wade avec ses visites neutres entre les différentes maisons confrériques, ont joué un rôle non moins négligeable. Si le Sénégal n’a toujours pas étévictime de controverses immanentes à la Laïcité, c’est parce que certainement l’initiative de consolidation du dialogue islamo-chrétienne entreprise depuis l’ère senghorienne a su influer sur les rapports entre ces deux différentes communautés qui partagent presque seules le Sénégal en matières religieuses. De même, leSénégal a toujours été un terreau de l’essor du principe de sécularisation qui implique la séparation effective de l’Etat et des institutions religieuses. Nos ancêtres nous ont tracé les ornières adéquates à l’harmonisation des rapports entre les différentes communautés religieuses existantes dans notre Nation. Ainsi, un musulman peut cohabiter avec un chrétien et vice-versa, tout comme un polythéiste peut vivre sans craindre de persécutions avec un monothéiste. 
Il ne faut jamais oublier les femmes sénégalaises. Ces femmes qui, dès le bas âge,inculquent toutes les bonnes valeurs à leurs enfants de telle sorte que ceux-ci ne se livrent point à des actes de barbarie, de violences, bref de tout ce qui connote un sens terroriste. Chacun de nous, sénégalais, a reçu de sa mère une éducation de base parfaite qui déterminent sesactions et le proscrivent de faire du mal à autrui. Entreprendre une énumération de toutes lesbraves femmes qui ont, durant toutes leurs existences, fait en sorte que de bonnes manièressoient l’essence même des mœurs communautaires. L’histoire des femmes de « Talatay Ndër » restera éternellement, à cet effet,inscrit nos esprits grâce à la bravoure que celles-ci ont fait preuve pour garder leur dignité malgré les violences des Maures « armés jusqu’aux dents ». Mame Diarra Bousso, Sokhna Fatoumata Wade Wele, et tant d’autres pieuses ne sont-elles pas des modèles pour la catégorie féminine ? Aline Sitoé Diatta, cette femme meneuse d’hommes, n’est-elle pas une idole pour une femme qui aspirerait défendre ses propres idéologies ?
Toutes ces orientations ont fait que la quiétude des sénégalais n’a jamais été troublée si facilement. Un parent pourrait laisser ses enfants aller jouer dehors sans pour autant s’inquiéter. Un homme pourrait faire ses courses à n’importe quel moment du jour. Une femme ne s’inquiétait pas dese faire violer encore moins de se faire agresserpar un autre frère. La paix était la marque du Sénégal jusqu’ici malgré toutes les turbulences qui ne peuvent manquer dans la vie.
Cependant, il semble que le Sénégal hérité de tous ces grands hommes a cédé la place à un nouveau Sénégal dont la marque est une politique de gangrène, une insécurité totale et un égoïsme qui sévit quand même dans nos cœurs. Ce renversement inédit de la tendance se manifeste à travers de lamentables habitudes qui ne cessent d’accroître au sein de la société. Le Sénégal tend progressivement à perdre son visage autrefoisembelli de valeurs honorables issues des enseignements tels que ceux véhiculés par KoccBarma. Un des plus grands philosophes sénégalais à qui on n’a pas rendu sa dette. Les enseignements qui nous sont propres ne sont jamais enseignés dans nos écoles au moment où nous nous targuons d’avoir maitriser la culture occidentale qui, de manière sournoise pervertit nos comportements surtout chez la Jeunesse. Une jeunesse qui s’enfonce dans une perdition vraiment malheureuse. Qu’est-ce qui en est la cause? La mondialisation ? Le complexe à l’égard des autres ? Garder son identité malgré la diversité culturelle n’est-il pas une manière de faire preuve d’enracinement et de fierté. Mais la catastrophe aujourd’hui est que le sénégalais mesure sa valeur par référence aux occidentaux. Jusqu’à nos manières de faire de la politique, nous imitons sans remords aux occidentaux. Nos dirigeants se laissent « diriger » eux-mêmes par les orientations que leur impose le colonisateur.Nous nous sous-estimons au point de définir nos politiques publiques par rapport à leurs réalités qui sont fondamentalement différentes des nôtres. Au moment où toutes les nations éveillées cherchent une cohérence entre leurs réalités et le rythme de développement économique, nous nous permettons de dépenser de sommes colossales pour « imiter ». Pourquoi gaspiller de l’argent énorme au moment où notre voisin n’arrive même pas à trouver de quoi se nourrir. Or qui se définit par rapport aux autres, risque de perdre sa dignité, son honneur et ses valeurs. Ne comprenons-nous plus le sens de Masséni, petit-fils de Kocc Barma, lorsqu’il nous disait que « Celui qui méprise son état, diminue son honneur » à point de vouloir sacrifier à tord nos valeurs et les acculer au fond d’un gouffre où elles ne risquent certainement de ne plus trouver une issue pour en sortir. Pourtant, avoir une bonne estime de soi-même influe le regard des autres envers nous-mêmes. Alors pourquoi nous ne voulons pas nous définir par rapport à notre civilisation propre. Devant cette situation, desanalyses objectives seraient nécessaire pour une compréhensive effective de ce renversement de la tendance dans le cadre social comme sur la scène politique. C’est dans ce contexte qu’un diagnostic de la société sénégalaise sous l’angle  du changement brusque et multidimensionnel  des mœurs apparaît nécessaire.
Si on essayait de comprendre les raisons de cette situation pathologique, la première chose qu’on remarquerait serait sans doute « un abandon total de nos valeurs ». Toutes les valeurs qui ont jusqu’ici tenu les rails de notre pays fixés ont lâché et nous voilà dans un train qui risque de chuter dans un profond trou noir où il n’y aura certainement pas de rescapés. Les comportements se sont pervertis rapidement telle la vitesse d’un éclair. Nous sommes devenus des gens perdus. Nous nous comportons tels des « dévoyés ». Les deux premières valeurs qui se sont retrouvées délaissé sont le respect et l’altruisme. L’un des premiers esprits que nos mères nous apprenaient était le « Kersa ». Cette valeur n’est plus à la mode de nos jours. 
Au Sénégal maintenant, le respect n’est plus à la mode. Un jeune peut dire tout ce dont il a envi de dire et même devant ses parents. Où est ce qu’ils ont hérités cette mauvaise habitude ? Un enfant est comme un navire perdu au milieu de l’océan, tant qu’il n’a pas de boussole il risque d’y rester éternellement, à moins qu’il n’ait la chance de tomber sur un bord. Pendant l’enfance, nous recevons tous des préceptes sociaux et des déterminismes qui vont orienter sans précédent nos manières de nous comporter, d’agir et bref devivre. C’est ce qu’explique Philippe à travers son concept de « déterminant externe ». Ce sont des faits sociaux extérieurs à l’individu et qui s’imposent à lui grâce à leur force contraignante, pour reprendre le sens d’Emile Durkheim. Un enfant est un innocent et comme le disait Alioune Mbaye Ndër : « il ne se comporte qu’en fonction de ce qu’il a appris pendant son enfance ». N’ayant pas une faculté de discernement élevé, il est toujours prédisposé à s’imprégner des choses avec lesquelles il a grandies. Le climat dans lequel grandi l’enfant est très influent sur ses manières d’agir. 
Toutes ces considérations entrent dans un cadre d’explication de l’origine même de ce déclin des comportements respectueux. De prime à bord, cette situation est due de l’«échec du rôle de mère de foyer». Jadis une mère éduquait ses enfants, les choyait tout en les corrigeant par des coups s’ils déroutaient. Aujourd’hui, on a l’impression que c’est le schéma inverse qui se réalise dans les maisons. Au lieu d’être commandé par ses parents plus particulièrement par sa mère, l’enfant enjoint par contre sa maman.  Juste pour illustrer de manière très simple. Avant lorsqu’un enfant volait du pain ou autre chose à un autre enfant, il se faisait secouer par sa mère parfois qui le corrige en le donnant une « bonne fessée ».
Après, elle se rend chez l’autre enfant le rend sa propriété et s’excuser auprès de ses parents. Par ce petit geste apparemment insignifiant de nos jours, elle corrige l’enfant et transmet en même temps un message très important. On pourrait en faire une liste de ces enseignements que nos mères nous inculquaient avant. Par exemple, nos parents ne prononçaient point de « gros mots »devant nous lorsque nous étions des enfants. L’insulte était fermement condamnée par la société. Jamais un parent n’insultait devant son fils, ce qui est malheureusement devenu très fréquent.

Mouhamadou Bassirou Kane,
étudiant en Licence 2 de Science Politique à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis.


Mardi 21 Mars 2017 07:55

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