LE DIALOGUE NATIONAL : UNE VICTOIRE DU SÉNÉGAL (par Mame Abdoulaye TOUNKARA)


Oui, le Sénégal a gagné ! Le lancement du dialogue national, en cet après midi du samedi 28 mai  2016, s’assimile à un sursaut du peuple,  un nouveau départ,  un brainstorming qui sous – tend  l’élaboration d’un  projet, ou d’un programme de gouvernement. Et, par moments, le débat a pris l’allure d’un réquisitoire. Il a été le creuset  de l’expression du peuple, par le truchement de son échantillon présent à la salle des banquets de la présidence de la République, du beau monde hétéroclite, le Sénégal en miniature, venu communier, huit heures durant, dire ses vérités, quelles qu’elles fussent, sur la marche de notre pays, dans un langage direct, empreint de civilité, de cordialité, voire dur , ou agressif, parfois, c’est selon.  C’est ça la démocratie !   
Oui, le Sénégal a gagné ! Pour parler comme l’artiste chanteur  Doudou NDIAYE MBENGUE, qui dans son titre fétiche « Macky  SALL am na ndam », lancé lors de la campagne  électorale de 2012, je dirai : « Sénégal am na ndam ». Car, cinquante six représentants de corporations, sur les quatre cents invités, ont, sans porter de gants, axé leurs interventions sur des sujets sérieux, en interpellant toute la classe politique, et en premier lieu, le Président de la République, sur les questions de l’heure, je dis  de l’éducation, de la démocratie, du fichier électoral, de l’économie, du front social, et tant d’autres.  
Comment ne pas évoquer le cas de ces partis politiques qui ont répugné à répondre à cet appel du chef de l’Etat, qui, à mon avis, ont raté le train de la renaissance tant cet acte présidentiel  est, indubitablement, à marquer d’une pierre blanche dans l’histoire de la République. Les pessimistes ont essuyé un cinglant revers en ce sens qu’entre autres  prestations, le discours tant attendu du coordonnateur du PDS, a surpris plus d’un, à travers un chapelet de  griefs, a l’endroit du chef de l’exécutif, qui a  ouvert les clos des tabous de la République. Le fait de dire sans ambages, ses convictions, les erreurs du régime, en bon « gentlemen », dans un franc – parlé, entrecoupé de railleries envers le locataire du palais, comme pour mieux communiquer, et attirer l’attention de l’assistance, a rehaussé la solennité de l’événement.   
Au vu du déroulement de ce dialogue, on se rend à l’évidence que les absents ont eu tort. La politique de la chaise vide induit, dans bien des cas, le contraire de l’effet recherché. A mon humble avis, ce fut l’exemple type pour ces leaders politiques absents. Venir s’exprimer, à l’image de leurs autres collègues de l’opposition qui n’ont pas du tout été tendres, avec le chef de l’exécutif, à travers leur réquisitoire sur la situation du pays, devrait être leur attitude, ne serait ce que par respect au peuple, à la République, dès lors qu’ils aspirent tous à occuper le fauteuil présidentiel. Le peuple en tirera les enseignements y afférents. 
Le Président SALL, de sa posture de Président de séance, a, de mon point de vue, au regard de la placidité qui l’a habité durant  ce conclave, réussi à s’élever au dessus de la mêlée, pour faciliter à tous leur communication. Cela a démontré une autre facette de sa personnalité. Son oreille tendue reposant sur un calme olympien qui distribuait un sourire moqueur récurrent, à chaque fois qu’un orateur déversait sa bile sur des actes de sa gouvernance, ou débitait des propos hilarants pour se faire entendre, avec un brin d’humour. 
Des propos du genre: « Ce sont les politiques qui prennent le peuple en otage. » ; « Monsieur le Président de la République, vous n’êtes pas un roi. » ; « Monsieur le Président, veuillez user de vos prérogatives pour accorder la grâce à votre frère Karim WADE », dénotent de la liberté de ton et d’expression des uns et des autres, ce qui  prouve que toutes les critiques et idées étaient les bienvenues. En résumé, le tabou était proscrit. Par conséquent, les absents, du jour qui ont suivi l’événement doivent avoir des remords, au regard de la diversité des profils, de la qualité et de la richesse des speechs, de la franchise des discours et de l’historicité républicaine d’une telle rencontre.  
L’opportunité d’avoir permis aux sénégalais de transmettre au chef de l’Etat, de manière frontale, ses regrets, ses désapprobations et suggestions, laisse poindre une pacification de l’espace politique, une décrispation du climat social et le début d’une ère nouvelle dans l’optique du renforcement de la démocratie, ce qu’aucun patriote ne saurait récuser, à fortiori l’initiateur de cette rencontre, le Premier des sénégalais.   
S’opposer à la politique du gouvernement, c’est le critiquer objectivement, mais aussi proposer des paradigmes nouveaux. Aider le chef de l’Etat, c’est lui dire ce que l’on pense être la vérité, ce que l’on pense être la solution sur des questions précises relatives au bon fonctionnement du pays, surtout s’agissant de sujets prioritaires, comme l’éducation, la santé, la sécurité et tutti - quanti. Et non de le flagorner à tout- va ! Ce rôle a, à bien des égards, été joué par moult participants pour ne citer que le « Grand Serigne » de Dakar, les communicateurs traditionnels, bien représentés par le témoin de l’histoire, El Hadj Mansour MBAYE, des acteurs de la société civile, des représentants de familles religieuses, et des politiques. 
Aujourd’hui, les sénégalais peuvent se féliciter de cette rencontre qui a permis de lever beaucoup d’équivoques, ne serait ce qu’en regroupant d’abord, la classe politique, opposition et majorité au pouvoir, dans le cadre d’un dialogue direct, fécond porteur de promesses.  
L’honneur revient au Président de la République qui vient de réussir un coup magique. Qui l’aurait imaginé ? C’est le début d’un dégel du climat politique, né au sortir de ce conclave dont notre pays a vraiment besoin.  
S’y ajoutent les communications des Présidents DIOUF et WADE au lendemain de ce lancement du dialogue national. Le premier, pour le féliciter de ce coup de maitre qu’il vient de réussir, qui constitue un bol d’air au secours du peuple sénégalais et  qui, dans la même foulée, lui permettra aussi de lever le voile sur ses capacités de rassembleur adepte du management participatif, et d’homme de paix, au-delà de son statut de maitre du jeu de la politique dans notre pays. 
Son entretien avec son ex mentor, le Président WADE, pour lui souhaiter un joyeux anniversaire à l’occasion de ses quatre vingt dix ans, signifie, que la politique ne devrait pas altérer les relations humaines. Nous sommes tous des personnes régies par un minimum de règles d’humanisme, de civilité, de courtoisie, de gérontocratie, quelles que soient nos adversités qui ne sauraient être que des divergences d’idées. Une leçon pour tous ! 
Ces deux actes devraient demeurer des enseignements pour le peuple sénégalais et surtout pour la classe politique toute entière. L’animosité n’a pas de place entre adversaires politiques. Les grands hommes discutent d’idées et non de personnes. Le dépassement est un viatique pour ceux qui savent s’élever, en tout lieu et en toutes circonstances.  
Car diriger c’est d’abord être à l’écoute de ses administrés, requérir leurs idées, les adjoindre aux siennes, dans le processus de prise de décision; ce qui traduit une volonté de réussir la mission assignée à l’équipe dont on a la charge de coordonner les actions, dans la quête de l’objectif recherché. 
Il vient de prouver au peuple sénégalais, à l’Afrique et au monde que la sagesse n’est pas une question d’âge. Qu’aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années. Qu’être sage, c’est savoir poser des actes de grandeur qui percent les portes de l’histoire. Celui de ce samedi 28 mai 2016, en est une  parfaite illustration. Il a mis le pied à l’étrier, avant d’enfourcher le cheval gagnant des « Grands prix » toujours couronnés du succès de la médaille de vermeil. Avec ce cheval, personne, je dis bien personne,  ne devrait le dévier de la piste de l’hippodrome jalonnée des défis qui assaillent notre marche vers l’émergence. 
Cette victoire est celle de la classe politique sénégalaise qui a montré qu’elle savait s’unir autour de l’essentiel. Celle du peuple qui a démontré, encore une fois, qu’il sait se sublimer, à l’heure des grands rendez- vous, comme celui du donner et du recevoir de cet après – midi du samedi 28 mai 2016, pour parler comme le Président SENGHOR. « Nous sommes tous propriétaires de la route sur laquelle nous roulons. », avait allégué le Président DIOUF, en prenant les rennes du pouvoir, en 1981, dans un mémorable discours.  
 La suite des travaux dont il a défini le format, en passant le témoin au ministre de l’intérieur, devra, sous ce rapport, dans les commissions et les ateliers, produire un document synthétique, une résolution, fruit du labeur de grands patriotes. Cette résolution, couplée au « Plan – Sénégal - Emergent », servira de boussole sur la route qui mène à l’émergence. 
Chapeau bas Monsieur le Président de la République!  
Oui, « Sénégal am na ndam » 
Vive le Sénégal ! 
Mame Abdoulaye TOUNKARA 
Commune de Dieuppeul - Derklé


Mardi 7 Juin 2016 08:03

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