Idy ou l'ultime combat...


« Dans son constant désir de s’élever, sa taille est à coup sûr un mobile prégnant », disait la journaliste-écrivaine Cathérine Nay à propos de Nicolas Sarkozy. On pourrait en dire autant d’Idrissa Seck que l’on que surnomme « Ndamal Cadior » par allusion à sa petite taille, mais qui n’est attiré en politique que par les sommets. D’ailleurs, il n’a jamais fait mystère de son envie irrépressible de se hisser dans les plus hautes sphères de l’Etat. Dès l’accession de Wade à la magistrature suprême, il manifeste un goût immodéré du pouvoir au point que l’hebdomadaire Nouvel Horizon lui consacre dans son édition du 14 avril 2000 et sous la plume d’Issa Sall, un article au titre assez révélateur : « l’homme pressé ». A l’époque, Idy avait eu le cran d’écrire sur son site internet www.idrissaseck.com ce curieux message : « Born to be President » (Né pour être Président). Narcissique, il avait déjà pré-formaté son image pour assumer le pouvoir. Il se révèle surtout un homme fier qui éprouve un besoin irrépressible d’imposer de force ou de gré sa personnalité et de satisfaire son ego. Investi de la confiance de Wade, il a les coudées franches et assoit son pouvoir en mettant en place son réseau de fidèles partisans et d’amis. Lesquels sont nommés aux postes les plus stratégiques dans l’appareil d’Etat. En revanche, il s’emploie à combattre ses adversaires aussi bien à l’intérieur du Pds que chez les alliés. Les ministres libéraux Aminata Tall, Lamine Bâ et Abdou Fall l’apprendront à leurs dépens lors du remaniement de mai 2001. Ils quittent le gouvernement, victimes de sa toute puissance. Même le Premier ministre Moustapha Niasse, principal allié de Wade en 2000, fera les frais de son hostilité. Il s’embrouille avec le tombeur de Diouf et quitte la Primature après seulement onze mois de compagnonnage sous l’influence d’Idrissa Seck. D’où ce profil que dresse de lui le journaliste Mamadou Thiam dans son mémoire de diplôme d’études approfondies (DEA) soutenu en 2005 à l’Université Cheikh Anta Diop. Il y peint Idy sous les traits d’un « ethos qui renvoie à deux axes principaux. L’un, positif, fait de lui le fidèle poulain du Chef de l’Etat qu’il n’a jamais trahi et qui a mis son savoir-faire et son génie politique et intellectuel à la disposition du Pds pour son accession au pouvoir. L’autre, renvoie à l’homme pressé, imbu de sa personne, à la limite de la suffisance et de l’arrogance, qui n’hésite pas à exclure ou à marginaliser ses détracteurs et qui affiche un goût immodéré du pouvoir ». Hélas, il était manifestement si imbu de ses pouvoirs aux côtés de Wade qu’il finira par se brûler les ailes. Exactement comme Icare. Ce personnage de la mythologie grecque, fils de l’architecte athénien Dédale, mort pour avoir volé trop près du soleil alors qu’il n’avait que des ailes de cire créées par son père.

DE LA PRIMATURE À  REBEUSS

En vérité, Idy avait fini par susciter chez beaucoup la méfiance, la défiance, voire le dégoût et le rejet. Bref, il s’était fait tellement d’ennemis qu’il ne pouvait pas échapper continuellement à leurs intrigues. Et c’est finalement la fameuse histoire du «  coup d’Etat rampant  » qui aura raison de lui. Avec à la manœuvre un certain Mahmout Saleh, aujourd’hui Directeur de cabinet politique du Président Macky Sall, à l’époque ministre de l’Intérieur, donc dépositaire des renseignements généraux. Faut-il en déduire que Idy a été principalement victime du tandem Macky-Saleh ? Idrissa Seck en est en tout cas convaincu. D’autant que le journal qui se faisait régulièrement les échos de ces accusations de coup d’Etat « rampant » puis « debout » n’était autre que « Il est Midi » dont le Directeur de publication, Ndiogou Wack Seck, était également un fidèle serviteur de Macky Sall. D’ailleurs, à l’image de Saleh, il appartient à l’actuel establishment en tant que président du Conseil d’administration de la Rts. On comprend dès lors pourquoi, Idy a été si réticent à apporter son soutien à Macky Sall en 2012. Et, surtout, pourquoi Idrissa Seck a vite retiré son parti « Rewmi » de l’actuel attelage gouvernemental pour se positionner comme son plus irréductible adversaire. Il y a assurément une envie de revanche dans l’air. En tout cas, accusé à l’époque d’avoir voulu commettre un parricide en s’accaparant graduellement de l’appareil d’Etat et du parti de son mentor, il sera accusé d’avoir instauré une « dualité au sommet de l’Etat », puis débarqué par Wade, le 21 avril 2004. La descente aux enfers ira crescendo lorsque l’ex-sherpa de Wade est accusé par la machine judiciaire d’atteinte à la sécurité de l’Etat et de surfacturations dans les chantiers de Thiès. Dès lors, ce qui n’était au départ qu’une ébréchure deviendra finalement une profonde déchirure. Si bien qu’en juillet 2005, Idy est envoyé à Rebeuss. Puis, après six mois et 17 jours d’emprisonnement, il est libéré après moult tractations à travers ce que l’on a appelé pudiquement « le protocole de Rebeuss ». Même si l’on retiendra qu’il avait bénéficié officiellement d’un non-lieu. N’empêche, son ascension venait de connaître un sérieux coup d’arrêt.



LA NAISSANCE DE REWMI

Le 04 avril 2006, une date très symbolique car correspondant à l’anniversaire de l’accession du Sénégal à la souveraineté internationale, l’ex-détenu de Rebeuss décide de créer un parti politique du nom de … « Rewmi » (le pays). Autant dire un autre clin d’œil de sa part. Cette initiative qu’il engage avec 11 députés du Pds qui ont fait fronde à leur groupe parlementaire, est accueillie au sein du parti libéral comme une provocation supplémentaire à l’endroit de Wade. Et, rès vite, la tension atteint son paroxysme. Plus personne n’imagine alors que Wade et Idy, devenus des ennemis jurés, puissent encore se retrouver un jour. Mais c’était sans compter avec l’inconstance et les turpitudes du patron de Rewmi. A quelques encablures des élections, il est reçu à la surprise au Palais pour négocier on ne sait quoi avec le Président Wade. Cette réception qui était manifestement un traquenard tendu par le vieux  briscard, candidat à sa propre succession, lui fera perdre beaucoup de ses militants et sympathisants. En renard de la politique, Wade venait d’affaiblir en tout cas celui qui pouvait réellement compromettre sa réélection au 1er tour. Résultat : bien parti pour inquiéter sérieusement son ancien mentor, Idy se retrouve finalement 2ième avec près de 14% des suffrages loin derrière Wade, réélu dès le premier tour. Dans la foulée, la coalition Jamm-Ji que le leader de Rewmi crée en direction des législatives de 2007 avec Ousmane Tanor Dieng du Ps, Abdoulaye Bathily de la LD/MPT et Moustapha Fall Tié, éclate en raison de sa boulimie. Puisqu’il leur exige, compte tenu de son poids électoral, 40% sur la liste nationale. Finalement, les législatives seront boycottées par l’opposition significative au grand dam d’Idrissa Seck. Car, au regard de ses résultats à la présidentielle, il venait de rater une occasion en or pour disposer d’un groupe parlementaire et gagner ainsi le statut d’opposant numéro un de Wade. Il laissa donc la brèche ouverte. Et Macky Sall n’a fait que s’y engouffrer en 2012, coiffant tout le monde au poteau.

Vision Mag 


Mardi 19 Janvier 2016 03:32

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