De nos hommes politiques, le droit de voir et d'entendre mieux. (Amadou Fall)


Opinion

« La vie de pervers, le malheur du repli sur soi, l'isolement dans la tourmente, l'abandon des grands principes, la pauvreté des idées, l’insubordination, l’insolence du geste et du verbe et l’indiscipline sont des champs de bataille qui ont leurs héros ; héros obscurs plus grands parfois que les héros illustres ».

Le contenu du débat politique devient de plus en plus lamentable. C’est comme si nos acteurs politiques (ancienne comme nouvelle génération) naviguent dans les eaux dramatiques, fangeuses et obscures de la médiocrité idéologique et de la cécité intellectuelle. En paraphrasant Montesquieu, j’affirme que la meilleure manière de faire partager au peuple l'effet des richesses de son pays, c'est de mettre de l'ambition dans tous les coeurs. Et pour y faire demeurer à jamais l'effet de la pauvreté, c’est de faire naître au sein de ce même peuple le désespoir. La première option s'installe par le travail ; l'autre se consolide par la paresse, l’indigence, l’insolence et la vulgarité des opinions même contradictoires et la désinence des ego surdimensionnés. Parce que justement l'ignorance, l’insolence, la vulgarité et la pauvreté des idées ont les mêmes effets que la richesse, la moralité, l’apaisement, le patriotisme et le civisme sur le Peuple qui subit sans possibilité de fuir.

Bara, le patron de l’UJTL s’ouvre les portes de Rebeuss pour offense au chef de l’Etat. Le mérite –t-il ? Ni aujourd'hui ni jamais, la richesse des idées – seule- ne suffit à classer un homme parmi les bienheureux, mais aujourd'hui plus que jamais la pauvreté, l’indécence et le grossier dans le raisonnement le déclasse. En termes plus clairs, il ne s’agit pas de faire l’intellectuel hors normes mais plutôt de cogiter et de décliner des positions dont la teneur englobe les germes d’une semence nourricière pour la bonne marche des affaires de la Nation, de l’Etat et du Peuple. L’arrogance, l’incivisme et la vulgarité n’ont jamais payé : c’est clair comme eau de roche.
La pauvreté de l’esprit s'encombre rarement de principes et encore moins de contingences béates. Beaucoup parmi la classe politique s’entretuent et chaque entité (pouvoir comme opposition) pense de manière égoïste qu’elle parle pour le Peuple et au nom du Peuple. Je renvoie tout ce beau monde à la fameuse assertion moins humoristique que pertinente de Driss Chraïbi : « le bœuf (les politiciens) traîne la charrue (l’intérêt national) et le paysan (le Peuple) suit la charrue. Tu mets l'ignorance, la suffisance et la vulgarité à la place du boeuf et tu trouves derrière, la misère et la pauvreté ».

A écouter le léger discours de nos boucaniers politiques sur l’amour qu’ils portent au Peuple, l’on se tordrait de rire : car je crois qu’ils ne saisissent pas que le vocabulaire de l'amour étonne trop souvent par sa pauvreté. Pensez chers messieurs à faire et à dire autre chose, bon sang !

Le monde politique est en pleine mutation : hier on se disputait la richesse des idéologies ; aujourd'hui on s'arrache la pauvreté des idées et leur prosaïsme. Pourtant, ni la rusticité de l'apparence, ni l'inélégance du langage, ni la pauvreté des vêtements ne peuvent et ne doivent primer sur la beauté des âmes. Il suffit tout juste de parler vrai et juste, de penser vrai et juste pour l’intérêt exclusif des populations.

Chaque Nation (démocratique) confie le pouvoir à des hommes en qui elle a fait confiance pour un laps de temps déterminé. L’exercice du pouvoir n’est pas du folklore et ne peut se résumer à de la propagande où chaque acte posé (dans la gouvernance des affaires de la cité) passe et repasse dans les médias publics pour fidéliser ou conquérir un électorat. La Patrie passe devant le Parti mais cela ne doit pas seulement s’arrêter à la notion de vœu pieu. Il faut aller plus loin ; la citoyenneté responsable et notre perception strictement républicaine des choses l’exigent. Ceux qui ne sont pas fous amoureux du parti au pouvoir ne sont pas des ennemies qu’il faut brimer, exclure ou violenter (physiquement ou verbalement). Ces autres là, ce sont les groupes légalement reconnus comme opposants, et ils ont un rôle républicain à tenir.

C’est à ce niveau que je ne suis point en phase avec les libéraux du PDS qui, semblent de plus en plus cantonner ce rôle à la subversion, à l’indécence du geste, à la vulgarité du verbe et à la déraison fantasmagorique. Le langage populaire et ordurier de la politique politicienne, avec son radotage obsessionnel, sa pauvreté de vocabulaire, sa manie fastidieuse d'énumérer des détails superflus et attentatoires, sa dépendance de l’événementiel burlesque et patibulaire, voilà d'où surgit soudain la pauvreté de l’esprit conquérant sans crier gare.
Chers libéraux, la science politique de l’opposant n'est jamais qu'un tricot stérile si aucune vocation éthique et civilisatrice ne lui donne, ne lui insuffle son élan et son souffle. Depuis votre sortie (forcée du reste si on se rappelle du forcing pour le troisième mandat de Wade) du pouvoir, quel est l'apostolat de votre combat?

Cette Nation est appelée à faire progresser la raison du monde. Son devoir est donc de décliner clairement sa part dans le messianisme de l'intelligence. A ce titre, ce pays peut-il saluer les sorciers et autres farceurs politiques qui font vrombir les moulins à vent comme jadis une motion de censure que l’on savait d’avance sans aucune chance d’aboutir (quinze signataires contre un peu plus d’une centaine qui voteront certainement contre) ou de résumer la défense de ses membres incriminés dans les affres sordides des détournements de fonds et de l’enrichissement illicite sur le mysticisme, le fétichisme, le cannibalisme, le mauvais sort et la sorcellerie au mépris du plus grand génie rationnelle et philosophique de tous les temps c’est-à-dire une « justice qui rend justice » ? Peut-on se permettre sans aucune gêne de résumer la vie sociopolitique du Peuple et de la Nation à des ressources évasives comme le pyrrhonisme abyssal? Le Sénégal de l'avant-garde du cerveau démocratique de l'Afrique peut-il se taire face à la centralité de l’homosexualité des fétiches, des mystères et autres objets mystiques dans le débat national et dans la quête effrénée de solutions aux multiples maux qui entravent notre développement ? Doit-on permettre à une opposition aux abois de nous mener dans la stérilité des croyances obscures pour lesquelles l’humanité a beaucoup souffert de préjudices pas possibles ? Voudrait-on nous ramener à l’âge de l’homme des casernes ?

Une fois de plus, il ne faut proposer à un Peuple que l’on veut réellement forger et abreuver dans les sources nourricières de la citoyenneté responsable que le génie politique avec lequel le monde a assimilé les leçons qui mènent à l’émergence. On sait que, depuis nos deux alternances démocratiques, celles-ci sacralisent la liberté de choix du citoyen, puis lui retirent l'un après l'autre ses droits de « subir la pensée unique », de souffrir la crétinisation* due à un verbe stérile. Du coup, le politique doit impérativement se soustraire purement et simplement des actes et autres débats dont l’utilité d’ordre citoyen n’a aucune valeur ajoutée. La politique n’est viable que lorsqu’elle est « politique de vérité » ; et cette vérité n’a besoin ni d’amis, ni d’assentiment parce neutre et impersonnelle.

Dans un combat politique (attention, il ne peut qu’être démocratique), seul le Peuple Souverain est juge. Pour le convaincre, on n’a pas besoin d’offenser l’objet (le Président) de son choix pour un laps de temps déterminé. Le brave Peuple sénégalais serait-il en avance sur sa classe politique ? Je sais seulement qu’il est préférable de guérir l'offense plutôt que de la venger. La vengeance prend beaucoup de temps, elle expose à bien des offenses. Et Bara l’apprendra à ces dépends !

Amadou Fall Enseignant à GUINGUINEO
TEL : 775457544/706805575
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Amadou Fall

Jeudi 30 Mai 2013 19:16

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