CONFLIT - Immixition des journalistes dans les scènes de théatres et téléfilms : Des comédiens parlent d’usurpation de fonction

De plus en plus, les journalistes et les animateurs sénégalais font une irruption sur la scène du théâtre et dans des films. Une immixtion qui n’est pas du goût des professionnels du 4ème et du 7e art. Ils invitent d’ailleurs ces acteurs en herbe à un débat télévisé pour discuter de ce qu’ils appellent une usurpation de fonction.


Ils sont journalistes, animateurs, mannequins… Mais de plus en plus, ils apparaissent sur la scène artistique et jouent aux ac­teurs ou aux comédiens, dans des films ou téléfilms, souvent appréciés des Séné­galais. Dans Un café avec diffusé les mercredis et vendredis sur la Télé­vision futurs médias et Rendez-vous diffusé les samedis sur la Ra­dio­télévision sénégalaise, les téléspectateurs ont (re) découvert les visages des animateurs et des jour­nalistes jusque-là connus et célèbres. L’ani­mateur, Boubacar Diallo, allias Dj Boub’s et  Dj Koloss du Groupe futurs médias mais aussi, Fatou Sakho et Ami­nata Angélique Manga, ont merveilleusement bien porté leurs nouveaux habits d’acteurs. Ceci, à leurs heures perdues. Seulement, cette immixtion des journalistes et des animateurs dans les scènes théâtrales n’est pas du goût des comédiens et des acteurs professionnels. Ils l’ont d’ailleurs fait savoir lors du dernier festival du rire de Kaolack et lors de la célébration de la journée mondiale du théâtre. Ces comédiens, à travers des sketchs, avaient vigoureusement dénoncé la généralisation et la banalisation du théâtre. Et, le chargé de communication de l’Asso­ciation des artistes comédiens du théâtre séné­galais (Ar­cots), Pape Faye ne se limite pas à dénoncer. Pour lui, il ne s’agit «ni plus ni moins d’une usurpation de fonction de la part de ces animateurs et autres journalistes». Puisque embraie-t-il, ces gens ne sont pour lui, ni comédiens ni acteurs.

«Cette situation, si l’on y prend garde risque, en plus de banaliser le théâtre, d’appauvrir les comédiens qui, déjà, ont du mal à vivre de leur art», dénonce encore Pape Faye, qui, pour enfoncer le clou et tirer la sonnette d’alarme déplore aussi la manière dont les journalistes et animateurs devenus acteurs ou comédiens interprètent les scénarii. «Sur le plan du jeu, de l’expression du vi­sage, de la diction et même du déplacement, ce n’est pas ce que nous attendons», avance-t-il, avant d’ajouter : «Nous ne sommes pas contre le fait qu’ils (journalistes et animateurs) jouent dans un film mais, nous aimerions bien qu’au préalable qu’ils soient formés pour le rôle  interprété.» Pour les convaincre et clarifier cette discussion, Papa Faye invite les journalistes et les animateurs à débattre du sujet sur un plateau de télévision. Mais déjà, du côté de ces acteurs en herbe, on apporte la réplique. La journaliste Angélique Manga, actrice principale de Ren­dez-vous rappelle : «Nous ne sommes pas les premiers à jouer dans un film ou dans une pièce de  théâtre. On se souvient encore de Martin Faye et de Seynabou Diop, tous journalistes à la Rts interprétant des rôles une pièce de Lat Dior.» Pour elle, l’art dramatique est vaste et c’est pourquoi estime-t-elle,  tout le monde y a sa place. «Je n’ai nullement envie de prendre la place de qui que ce soit. Il n’y a pas de profession dévolue à une catégorie de personne» soutient-elle. Non sans évoquer son passé de comédienne. La journaliste affirme ne pas être une novice dans le théâ­tre. Elle a fait ses armes au lycée. C’était sa passion.

Au Centre d’études des sciences de l’information et de la communication (Cesti), où elle a obtenu son diplôme de journaliste, un de ses professeurs, le défunt Lucien Lemoine ne manquait pas de la taquiner en lui disant : «Tu es une ratée. Ta place est à Sorano».

Même pipe, même tabac

Interpellé, Dj Boub’s sert la même réponse et dans la foulée, il  jette une grosse pierre dans le jardin des comédiens qui les critiquent. «Eux aussi, on peut leur reprocher la même chose. Ils  squattent de plus en plus les plateaux de télévisions et tournent des spots à la place des animateurs. Rien n’appartient à personne», fulmine l’animateur de Deu­gueunetane. C’est donc évident que les nouveaux acteurs de film ne sont nullement atteints par les critiques des comédiens. Angéli­que Manga considère d’ailleurs le temps qu’elle a consacré au tournage de ce film, comme une récréation qu’elle s’est autorisée. Surtout que dans le film, elle dit plaider la cause des femmes abandonnées par leur mari. Mais aussi elle estime qu’elle a rendu un ser­vice à une amie, Codou Dieng qui lui  a demandé de ne manquer, pour rien au monde, à son Ren­dez-vous.

Source: Le Quotidien

Abdou Khadre Cissé

Mercredi 20 Juin 2012 10:16

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