Jeudi 31 Juillet 2014
16:32

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Jacques et Ricardo Faty : «Un double derby»

Ce samedi, le derby corse Bastia-Ajaccio sera un peu particulier pour Jacques et Ricardo Faty, adversaires d’un soir. Les deux frères se sont confiés à Sport24.com.


Jacques et Ricardo Faty : «Un double derby»

Sport24.com : Que représente pour vous ce derby corse ?
 Jacques Faty : C’est mon premier. Il a une double saveur puisque c’est contre mon petit frère. C’est une confrontation familiale. J’ai envie de le battre. C’est un double derby que je vais jouer ! J’ai connu des derbies comme Rennes-Nantes à une période où c’était assez chaud. J’ai fait aussi un PSG-OM. Là, c’est différent parce que c’est en Corse. Ce n’est pas forcément la même attente que sur le continent. Le fait que mon frère soit en face, c’est une joie et une motivation supplémentaire. Ce derby-là est beaucoup plus fort que ceux que j’ai pu connaître par le passé.
 Ricardo Faty : C’est assez particulier. La Corse reste une région à part en France. C’est une région qui revendique une certaine autonomie, une certaine liberté. Avoir un derby de la sorte en Ligue 1, c’est bien plus fort qu’un derby breton ou un derby du Nord. Les gens sont rivaux mais tu ne les sens pas foncièrement divisés. Il y a cette unité corse très forte malgré cette rivalité entre les deux clubs. C’est assez paradoxal. C’est quelque chose d’unique. Bastia a fait de belles choses en Europe par le passé. Ajaccio, c’est le club qui monte, avec de grandes ambitions. C’est aussi un choc des générations.

Dès que le coup de sifflet va retentir, j’aurai 10 autres frères en Rouge et Blanc comme moi.
— Ricardo Faty

Comment allez-vous gérer cette «confrontation familiale» ?
 J. F. : Ce n’est pas évident à gérer. Parce qu’on veut tout donner. On est prêt à sortir les crocs. Mais en face de toi, tu as ton frère. C’est ton sang ! A un moment donné, il faut faire un choix. Il faut défendre les couleurs de son équipe. Tu joues pour un drapeau, pour une ville. Il y a des gens qui te paient. Tu dois respecter tout ça et faire abstraction de ton frère pendant 95 minutes. Après, c’est une rivalité entre frères. On joue tous les deux en Ligue 1. On a envie de se prouver qu’on est le meilleur. Mais après le match, on ira boire un verre ensemble. 
 R. F. : Le fait que ce soit un match face à mon frère, ce n’est pas anecdotique mais c’est à mettre au second plan. Ça va être un beau cadeau pour la famille. Ils vont être fiers. Après, il faut savoir faire la part des choses. Dès que le coup de sifflet va retentir, j’aurai 10 autres frères en Rouge et Blanc comme moi. Il n’y aura plus de frère en face.

 

On sent une petite rivalité entre vous ?
 J. F. : Sur un terrain de football, l’élève veut dépasser le maître. Et le jeune veut montrer qu’il n’est plus un jeunot. Il voudra montrer ses capacités. Je le sais. Je suis averti. Je ferai en sorte de répondre à ses attaques ou à ses tacles (sourire). Il a démontré tout au long de la saison qu’il avait la capacité pour faire de grandes choses. Et contre moi, j’en suis sûr, il aura vraiment à cœur de montrer qu’il peut me dépasser et récupérer le flambeau. A moi de démontrer le contraire. A 29 ans (il les a fêtés lundi), j’en ai encore sous le pied. Il me tarde de le prouver samedi.
 R. F. : Récupérer le flambeau ? Pas forcément parce qu’il a encore de belles choses à montrer. Il n’a que 29 ans. Il est encore au top. J’ai seulement envie de le battre, c’est tout. Pour être content de moi-même. Quand on a un frère, on veut toujours le surpasser. Dans tous les domaines. Il y a toujours une petite rivalité qui s’installe. Jeunes, on aimait bien se tester que ce soit au ping-pong, au tennis, à la console. Je vais lui rappeler qu’il commence à se faire vieux sur le terrain (rires).
 
 Vous êtes-vous préparez différemment ?
 J. F. : Justement, ce serait une erreur. Souvent, on peut s’égarer dans un surplus de motivation et de pression. Je préfère rester dans mon match, sans trop me prendre la tête même s’il sera face à moi. A moi de ne pas trop m’éparpiller, de ne pas trop mettre en avant mes émotions et de garder en tête l’objectif principal : gagner ce match important. 
 R. F. : Non. Je le vis assez sereinement. C’est vraiment autour de moi qu’il y a pas mal d’excitation, notamment avec la famille. On ne s’appelle pas plus ou moins que d’habitude. On reste avant tout des professionnels. On a un travail à faire ce week-end. On le fera du mieux possible. Ça restera bizarre, je ne vais pas le cacher. Mais le seul changement sur le plan psychologique, c’est le fait que ce soit un derby. Il faut prendre conscience de ça. Etre prêt pour ce genre de match. Ce n’est pas un match qu’on peut se permettre de rater.

On représente cette minorité de frères qui ont réussi à faire carrière. C’est gratifiant. Surtout que c’était le souhait de mes parents.
— Jacques Faty

Avez-vous déjà eu l’occasion de vous croiser sur un terrain ?
 J. F. : Oui, lors d’un Sochaux-Nantes (lors de la saison 2008-2009). On jouait tous les deux le maintien. Un match à 6 points. Avec Sochaux, on s’était imposé. Et ça a été synonyme de descente pour Nantes. Cela avait un match chaud, accroché. C’était tendu. Et c’était particulier d’être face à lui. Quand le coup de sifflet retentit, tu zappes tout et tu fais tout pour que ton équipe gagne. Le fait qu’on se retrouve encore pour un match pour le maintien, ça fait revivre un peu les sensations de l’époque. Ça reste quelque chose de magnifique. Surtout que ça n’arrive pas souvent que deux frères soient face à face en Ligue 1. On représente cette minorité de frères qui ont réussi à faire carrière. C’est un avantage. C’est gratifiant. Surtout que c’était le souhait de mes parents. Aujourd’hui, l’objectif est réalisé. C’est une fierté ! 
 R. F. : J’en garde un souvenir amer. J’étais très déçu. Le fait d’avoir joué contre mon frère, c’était vraiment anecdotique. Aujourd’hui, on est plus âgé. On fait plus la part des choses. On a joué ensemble en sélection, ça change aussi la donne. Mais j’espère que c’est moi qui sortirai cette fois avec le sourire samedi. La dernière fois, j’étais fâché. Il faut que j’égalise !

 

Lors du dernier match, contre Troyes, Jacques était au milieu de terrain. Il n’est pas impossible que vous soyez dans la même zone de terrain…
 J. F. : Exactement ! Le coach a apprécié ma performance à Troyes et il est fort possible que je sois à nouveau aligné à ce poste contre lui. On sera amené à se croiser. Ça change beaucoup la donne. Ça fera un peu des étincelles. Mais rien de méchant. 
 R. F. : Qu’il soit au milieu ou derrière, on sera amené à se rencontrer souvent. On va voir ce que ça va donner. Au milieu de terrain, il y a toujours un rapport de force qui s’installe. Donc je pense que là, ça devrait être marrant de nous voir constamment en duel, surtout pour les gens qui nous apprécient.

Arriverez-vous à mettre le pied s’il le faut ?
 J. F. : Je n’ai pas le choix. Ce qui est sûr, c’est que je mettrai le pied sur le ballon. Il y aura de l’agressivité mais pas de méchanceté. Ce n’est pas mon genre de toute façon. Lui aussi, il fera de même. Ça sera électrique. 
 R. F. : Si je dois mettre le pied contre mon frère, je le mettrai plutôt deux fois qu’une, plus que d’habitude même ! Mais pas de méchanceté, jamais ! Je ne me considère pas comme quelqu’un de méchant. L’agressivité, ça fait partie de mon poste. La motivation et savoir répondre présent, ce sont les maîtres-mots dans un derby.

Pour moi, Ricardo n’a pas fini de prouver ce qu’il a dans les jambes. Le meilleur reste à venir pour lui.
— Jacques Faty

Qui est le plus doué des deux ?
 J. F. : Footballistiquement parlant, je le trouve plus doué. Mais moi j’ai la motivation et le travail. Je compte sur mon mental.
 R. F. : Je suis d’accord avec lui. Je dirais sincèrement que je suis plus technique que lui. Mais lui, il a l’expérience.
 
 Quels sont ses qualités et ses défauts ?
 J. F. : C’est un homme gentil mais agressif sur le terrain. Il est bon techniquement. Hors du terrain, il est aimable, respectueux et ne fait pas d’histoires. La seule chose que je pourrais lui reprocher, c’est sa gentillesse. Il est un peu trop gentil. Hormis ça, je n’arrive pas à lui trouver d’autres défauts. Sur le terrain, je cherche toujours parce que c’est un joueur complet. 
 R. F. : C’est vrai que je suis un peu trop gentil (sourire). Mon frère a un bon sens de l’anticipation. Il est très rapide aussi. De par son expérience, il arrive à gérer les situations les plus chaudes. Hors du terrain, c’est quelqu’un de très généreux. Il pense vraiment aux autres. Au niveau des défauts, je dirais qu’il pèche un peu en ce qui concerne la concentration. Ça lui arrive de faire des erreurs bêtes. Et dans la vie, j’ai beau chercher, je n’en trouve pas. Il n’a pas un gros défaut qui le caractérise. Pour moi, c’est le frère parfait. Le meilleur frère du monde (sourire). 
 
 

 

Quel regard portez-vous sur la carrière de votre frère ?
 J. F. : Il a beaucoup voyagé. Il est parti très tôt à l’étranger. Il a appris beaucoup auprès de joueurs expérimentés comme Totti à la Roma, avec des coaches de classe mondiale comme Spalletti et Ranieri. Il a joué la Ligue des champions, des matches intéressants au plus haut niveau. On apprend plus facilement et plus rapidement dans ces cas-là. Là, il arrivait à un moment de sa carrière où il avait besoin d’une certaine stabilité. Il l’a trouvée en revenant en France, à Ajaccio. Pour moi, il n’a pas fini de prouver ce qu’il a dans les jambes. Le meilleur reste à venir pour lui. Dans un an ou deux, je pense qu’il sera au summum de son talent et qu’il pourra apporter à de grandes équipes. 
 R. F. : Il a eu une bonne carrière mais je reste persuadé qu’il aurait pu viser plus haut et jouer dans les plus grands clubs européens. Il est fier de ce qu’il a accompli et moi aussi. Il a quand même touché son rêve en jouant à l’OM, son club de cœur. Il a découvert la Turquie, il a joué en équipe du Sénégal. C’est ce qu’il a toujours voulu même s’il avait l’équipe de France dans un coin de sa tête au début de sa carrière. J’ai vu des joueurs avec moins de qualités faire une meilleure carrière que lui. Mais je pense qu’il n’a aucun regret. C’est le destin.

Jusqu’à l’âge de 13 ans, le foot, ça ne le bottait pas trop. Jacques était très fort au tennis de table.
— Ricardo Faty

Vous avez deux trajectoires assez opposées finalement…
 J. F. : Ce sont des chemins contraires. Mais à la fin, on se rejoint. Pour un derby. On se rapproche de plus en plus. La cerise sur le gâteau, ce serait qu’on joue dans le même club. Un jour, qui sait. C’est le rêve de toute une famille. Pouvoir évoluer au sein d’un même groupe. C’est le rêve de mon père. Ça me plairait, oui. On a déjà joué en sélection ensemble. Il a montré de belles choses. C’est une fierté.
 R. F. : Oui, c’est vrai. Je suis très fier de ce que j’ai pu connaitre en dehors de la France même si ne j’ai pas beaucoup joué et que je n’ai pas réussi à m’imposer. Cela reste de très belles expériences. Je suis fier de ce que j’ai accompli. Aujourd’hui, on se rapproche. Est-ce qu’on jouera ensemble dans le futur ? Sincèrement, aucune idée. Ce n’est pas une priorité pour nous. On n’en parle quasiment jamais. Cela pourrait être pratique pour la famille (sourire). Cela pourrait être sympa d’être ensemble au quotidien pour voir comment on travaille tous les deux. Dans quel club ? Ça, je ne sais pas. Je ne pense pas qu’il viendra à Ajaccio et que moi, j’irai à Bastia (rires). 
 
 Avez-vous une anecdote au sujet de votre frère ?
 J. F. : Il y en a une qui me tient à cœur. On était à Clairefontaine ensemble. J’étais en 3eannée et lui en 1ère. J’étais assez protecteur. Parce qu’on n’était pas là pour rigoler. Un jour, son groupe d’amis (Haddad, Diaby…) avait fait une bêtise. Monsieur Dussault (Ndlr : ancien directeur de l’INF) nous avait tous convoqués pour que le responsable se dénonce. Je savais que Ricardo était dans une histoire bizarre. Je l’ai pris à part, je lui ai dit de se dénoncer même s’il n’était pas responsable, «la prochaine fois, tu conseilleras à tes amis de ne pas la faire». Il l’avait très mal pris mais il s’était dénoncé. Il avait écopé d’une punition d’une semaine. Une semaine sans entraînement. C’était pour montrer qu’il n’y avait pas de passe-droit. J’étais respecté à Clairefontaine et je ne voulais pas qu’on dise que mon frère était un privilégié. 
 R. F. : Sincèrement, je n’étais pas dedans ! (rires) Je me suis fait lyncher devant tout le monde. Le pire, c’est que je n’avais rien fait. A 13 ans, dans ces cas-là, tu es plus que fâché ! Il savait me remonter les bretelles quand il le fallait. J’avais besoin de ça quand j’étais jeune. Maintenant, on en rigole. Mais ça m’a beaucoup servi. J’ai même les noms si vous voulez mais je ne vais pas les balancer. Pour la plupart, ils sont internationaux français maintenant. On ne va pas leur mettre ça sur le dos (rires). L’anecdote sur mon frère ? Avant de jouer au foot, il était très fort au tennis de table. Il a joué jusqu’à l’âge de 13 ans, à un niveau national. Le foot, ça ne le bottait pas trop à l’époque. Il y jouait seulement pour s’amuser avec les cousins. C’est vraiment au moment de notre déménagement à Epinay-sous-Sénart suite au divorce de nos parents qu’il a commencé à s’intéresser au foot car il n’y avait pas de clubs de tennis de table. A partir de là, tout s’est déclenché. Il s’est mis au foot pour décompresser. Il a été pris à Clairefontaine et tout est allé très vite. 
 
 Avez-vous un souhait pour votre frère et son équipe d’ici la fin de la saison ?
 J. F. : Qu’Ajaccio ne gagne pas samedi, déjà (sourire). Ensuite, que les deux clubs corses puissent se maintenir en Ligue 1. Je souhaite à Ricardo qu’il puisse faire la meilleure des saisons avec Ajaccio et qu’il puisse contribuer au maintien de son équipe. Un retourné acrobatique comme contre Bordeaux ? Autant de fois qu’il le souhaite mais pas contre nous !
 R. F. : Qu’ils se maintiennent. Mais pas devant nous au classement (sourire). La Corse mérite d’avoir deux grands clubs en Ligue 1. Je lui souhaite de faire de bonnes performances avec Bastia. Qu’il rende au Sporting la confiance qu’il lui a donnée. Et qu’il puisse rester en Ligue 1 après, à Bastia ou ailleurs.
Source Sport24.com


Claude Coly

Vendredi 1 Mars 2013 - 18:18













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